Suomi rakkaus

En passant

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Aurélie Streiff et Sandra Reinflet, arrivée à Helsinki par le quotidien national local UUTISET

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Pärnu et pour vous

« En sortant de la maison tu prends la seconde rue à droite, puis le bus numéro 6 jusqu’au terminus. ». En apparence les indications d’Aleksey étaient limpides et nous devrions arriver près de la nationale… Pourtant, en sortant du fameux bus numéro 6, nous ne voyons que des champs, une barre d’immeuble et un rond point indiquant un supermarché. La route de Tallinn semble bien loin.

Nous inaugurons notre pancarte en carton (offerte par notre hôte de Riga pour nousRaymons-Riga consoler du drame dont nous ne reparlerons pas, trêve de couteau dans notre plaie encore fraiche) et, il faut reconnaître qu’elle semble aussi efficace que la précédente. À peine le temps de la brandir que voilà Raymons qui s’arrête. Sauf que selon lui, « nous ne sommes pas, mais alors pas du tout dans la bonne direction. » Il s’enquiert de nous trouver un meilleur spot.

Sandra-ESTSur la pancarte, cette dernière promesse « EST ». Comme l’est de l’Europe – qu’en trois ans, nous avons sillonné de fond en comble – mais surtout comme l’ESTonie, dernière étape avant Helsinki. Tout va tellement vite cette année que l’on a presque du mal à intégrer les changements de langues, de monnaie, de culture. Dans cet espace Shengen au sein duquel les frontières ne sont plus matérialisées, ce ne sont plus que nos conducteurs successifs qui, ambassadeurs de leurs pays, nous les font remarquer. Lire la suite

Être une femme est-ce donc fatal ?

Les religions divisent, le sujet est plus que jamais d’actualité. En Pologne, les églises sont pleines, de jeunes, vieux, riches ou dans le besoin. Le dimanche à Cracovie n’est pas un jour de mariage, et pourtant, on se bouscule sur les parvis. Plus de 85% de la population est catholique et les valeurs prônées par feu Jean-Paul II (considéré ici comme un Saint bien avant de le devenir) sont appliquées au pied de la lettre. Lire la suite

L’addition s’il vous plait

Cela va sans dire, les Poucettes sont plus littéraires que matheuses…visage PP allongé

C’est donc non sans difficulté que nous avons jonglé avec les conversions monétaires et les fluctuations de taux de change (pour obtenir le prix d’une bière hongroise, c’est facile, il suffit de diviser 173 par 329)…

Nulles en calcul mais de bonne volonté, nous avons tenu une minutieuse comptabilité de toutes les (belles) surprises que nous a réservé ce périple. Le résultat est au-delà de nos espérances. C’est donc l’heure des mercis – des mercis qui comptent.

2 filles – Merci ma Poucette
Merci à toi aussi 

4 pouces – Merci maman(s)
Pour nos doigts en parfait état.

38 contributeurs – Merci KKBB
Christophe, Gaspard , Ramez, Marlène, Sabrina, Jérôme, Delphine, Nathalie, Nicolas, Faustina, Lucile, Pauline, Nicolas, Mathieu, Antoine, Andréas, Jeanne, Joschi, René, Sophie, Jérôme, Nicolas, Virginie, Alain, Benoît, Claudine, Christophe, Tristan, Olivier, Sabine, Fanny, Cécilia, Pascal, Charlotte, Jean-Paul, Anne-Lucie, Claude, Caroline,  Jean-Michel et Bertrand. Grâce à vous, nous avons pu manger (à défaut de dormir!) et partager nos aventures.

2978 kilomètres – Merci Google Map
Même si tu refuses de comptabiliser le trajet parcouru entre Tulcea et Sulina, nous empêchant ainsi d’atteindre un chiffre rond…

9 pays – Merci Michelin
Pour ton indispensable carte routière où figure l’Allemagne, la République Tchèque, l’Autriche, la Hongrie, la Serbie, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie (…pour 3 kilomètres, soit, mais la preuve est tamponnée sur nos passeports) et l’Ukraine!

16 étapes – Merci Lonely Planet
De quoi réviser sa géo et briller au prochain Trivial Pursuit… Quiz : où sont situés… Mikulov, Keskemet, Novi Sad, Guça, Nis, Veliko Tarnovo, Varna, Tulcea et Tatarbunary ?

7 chambres d’amis – Merci BedyCasa, Kempinski…
Et tous nos hôtes : Ingo, Jean, Stefan, Andras, Dunja, Gerd et Temo.

740 « fans » – Merci Facebook
Et à ceux qui ont levé le pouce sur notre page et « liké » nos publications.

28 articles – Merci WordPress
Et à nos lecteurs fidèles et enthousiastes.

42 °C en moyenne – Merci les fontaines publiques.

80 000 signes – Merci Apple
Poucette équipée en vaut deux : love is in the (MacBook) Air !

100 000 clics – Merci à nos partenaires médias
…d’avoir relayé et médiatisé nos aventures : BusinessoFeminin, Libération, Le Mouv, Mes Bonnes Copines, C-oui, Liligo, ABM…

29 vidéos – Merci Youtube
Et au wifi en libre accès pour avoir permis ces heures de téléchargement… On travaille à présent sur le montage du film!

40 heures de sommeil (en tout) – merci l’hyperactivité

28 jours – Merci la lune

30 millions d’amis – Merci à ceux qui s’y reconnaîtront
Une pensée spéciale pour Stéphanie, Anna, Liliia, Georgi, Devi, Lasha, Temo, Khvicha et Nil. 

Et surtout… 40 véhicules
Merci à leurs conducteurs et passagers d’avoir supporté nos chansons, fait mine de comprendre l’histoire du Petit Poucet en Serbe, ri de nos tentatives de blagues, et surtout, de nous avoir mené à bon port.
John, Chris, Eliška, Jan, Marie-Louise et Monika, Petr, Adela et Guris, Feike, Milan et Adri, Paul, Dehlia et Jajuan, Jovi, Aurelian et Bob, Mihaïli, Rob et Georges, Edith, André et Robert, Vladimir et Dragan, Vladimir, Goran et Secjko, Vidoje et Milan, Dragan, Todor, Stefan, Georges, Daniel, Iliya, Vincezlas, Julian et Annie, Zdravko et Mitko, Zveltozar, Dida et Kamen, Andreea et Marius, Lucian et Lonel, Philip et Sylvio, Viorel, Liubovi et Jorg, Stepen et Nikolaï, Vladimir, Olga et Stanislav, et enfin : Danis… Tout cela a été possible grâce à vous et aux port(ièr)es que vous nous avez grandes ouvertes!

M.E.R.C.I

Odessa plane pour nous

Anna b

Olga de Kiev, nous a conseillé de contacter Anna d’Odessa, qui elle-même nous a donné le contact de son amie Liliia, qui à son tour nous a orienté vers Temo (sachant que ce dernier n’a jamais entendu parler ni d’Olga ni d’Anna…) 

LiliiaToujours est-il que tous ces gens ont fait des pieds et des mains pour nous trouver un lit – et un comité d’accueil – à notre arrivée. Nous n’avons toujours pas compris pourquoi ni comment cette chaîne a commencé (Olga, qui es-tu ?), mais peu importe puisque, grâce à elle, la cérémonie de clôture de notre voyage a été un feu d’artifice.


Temo et ses amis Lasha, Devi et Khvicha so
nt géorgiens, en vacances pour trois semaines à Odessa. Ils ont 21 ans, sont étudiants, musiciens, et, sans nous connaître, ont libéré une de leurs deux chambres pour nos – beaux ? – yeux (et même s’ils affirment dormir aussi bien à deux sur le canapé, nous mesurons leur sacrifice). Ils nous ouvrent leur porte à 11 heures du matin, champagne ukrainien à la main. 

dej allianceQuelques bulles partagées et déjà nous avons rendez-vous pour déjeuner avec Anna (la fameuse donc) – dont nous avons entre temps compris qu’elle était responsable de la communication de l’Alliance Française – et Sylvain, le directeur de ladite institution. Ils nous invitent dans un petit resto du quartier (la cuisine ukrainienne, quel bonheur… les plats de nos copines de l’auberge n’étaient qu’un avant-goût !) et, immédiatement, nous nous sentons chez nous dans cette ville.

IMG_7318Nous l’avions choisie au hasard, sans rien en attendre. On imaginait une station balnéaire un peu bling bling, dominée par une architecture soviétique… C’est tout autre chose que nous découvrons. Odessa n’est pas appelée « le Paris ukrainien » pour rien. Richelieu fut l’un des pères-fondateurs de la ville, et la patte de nos architectes bleu-blanc-rouge y est toujours bien présente. Nous flânons dans ses rues piétonnes, son parc qui surplombe le port et sa promenade le long des plages de sable fin ourlant la mer noire (Parenthèse culturelle : Le saviez-vous ? La mer noire est ainsi nommée car les Ottomans utilisaient des couleurs pour qualifier les points cardinaux – noir pour le Nord, blanc pour le Sud, bleu pour l’Ouest et vert pour l’Est. L’appellation relève donc de sa géographie (au nord de la Turquie) et n’a rien à voir avec sa véritable couleur (absolument bleue on l’assure)).

Mais bien plus que l’aspect extérieur de la ville, c’est son cœur qui a fait battre le nôtre. En quelques heures, Anna, Liliia et nos amis géorgiens sont devenus une vraie famille pour nous. Nous retrouvons aussi Danis, notre dernier conducteur. Comme avec Kaan l’an dernier, nous réalisons avec lui la cérémonie de clôture de l’aventure P’tites Poucettes 2013. Pas de roses dans le Bosphore cette fois, mais des galets sur les marches de l’illustre escalier de Potemkine.
bouffeDanis commande en secret un assortiment géant de tout ce que la gastronomie odessite comprend de plus fameux et nous abreuve de vodka aux saveurs parfumées.
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Il refuse que l’on sorte un kopeck (monnaie locale, donc c’est plus que jamais le cas de le dire!) de nos poches (« otherwise I would feel like a woman »), et se réjouit de notre tristesse de quitter sa ville, bien trop tôt.
Le voyage est ainsi fait : il y a trois jours, nous nous réveillions en pleine nuit, hésitantes quant au fait de rester ou non dans le delta du Danube. Les paysages y étaient tellement sauvages que nous pensions ne jamais retrouver un lieu aussi vibrant. Et puis, on se force, on part, et de l’autre côté de la frontière, un nouveau coup de foudre. Le monde regorge d’amour, et aujourd’hui, nous sommes ses fiancées.

Capture d’écran 2013-08-26 à 09.08.53Tenez, pour notre dernière nuit, tout a concouru à nous retenir ici. La soirée de la veille ayant été pour le moins intense (on ne parle pas d’alcool sur ce blog, suivant les recommandations du ministère de la santé), nous décidons simplement – à minuit – de prendre quelques verres à la maison. A dix, nous nous rendons à la supérette du coin de la rue (ouverte la nuit donc. Ici il ne faut jamais risquer d’être à sec…). 

De retour, nous nous séparons en deux groupes pour prendre l’ascenseur. Nous montons dans le premier avec Anna (Ukraine), Lasha (Géorgie), Stanislav (Russie) et Nil (Canada), les bras chargés de vivres pour la soirée. Il est 1 heure du matin lorsque la cabine s’immobilise entre les 13ème et 14ème étage. Notre taxi pour l’aéroport est commandé pour 5h… On essaye d’appuyer sur tous les boutons (sonnette d’alarme comprise), mais plus rien ne répond…

Pas d’aération dans l’habitacle des années 50. Anna compose le numéro de téléphone scotché sur la porte. « On vous envoie des techniciens… bientôt » Inutile de préciser que l’unité de temps « bientôt » nous laisse craindre le pire. 

Mais d’un accord tacite, malgré la chaleur, le manque d’air et l’angoisse inhérente à la situation, nous décidons de faire comme si…

Que la fête commence ! On débouche les bouteilles et entamons les tablettes de chocolat. On se met à chanter, tout et surtout n’importe quoi, en français, anglais ou géorgien. On invente une chanson très à propos : We are stucked in the lift but thanks god no one goes psychotic…


Nos amis restés sur le palier de l’autre côté de la porte s’inquiètent de notre santé mentale lorsqu’ils nous entendent hurler nos chansons et de rire. Les voisins se plaignent (on voudrait bien les y voir). Toujours pas de dépanneurs. Ne pas y penser. Reboire un verre et danser, encore (sur place et sans faire trop sauter la nacelle on s’entend).


Il est 2h15 lorsque nos sauveurs entrent enfin dans l’immeuble. En russe, ils expliquent qu’ils ne trouvent pas la clé des portes et que l’opération pourrait encore prendre une heure. On se regarde, tous, transpirants et rouges comme des marathoniens, lueurs d’angoisse dans les yeux, puis on reprend de plus belle « we are stucked in a lift…« 

15 minutes plus tard, les portes s’ouvrent enfin et l’on se rue sur le palier sans terminer le couplet. On se serre dans les bras. On se félicite. On se gratifie de la chance de s’être trouvés dans cette situation avec des gens qui savent aussi bien prendre le bon côté des choses. 

Anna regrettait que nous ne sortions pas pour notre dernière nuit, qu’elle voulait mémorable, elle n’aurait pas pu imaginer mieux. 

Notre départ n’est plus qu’à deux heures. Tout le monde est épuisé. On envisage de faire une « nuit-sieste » avant de prendre l’avion. Mais nos amis affirment qu’il est hors de question qu’ils ne soient pas là lorsque nous descendrons prendre le taxi. Ils ne dormiront pas, c’est non-négociable.

Alors quoi ? On reprend la guitare et on se dit que l’on a plus de pot qu’un gagnant du loto. Pas de fric mais un trésor entre les mains : les leurs. Elles nous enlacent tandis que l’on promet de se revoir – peut-être – et de ne surtout pas oublier ces moments.

Odessa, où c’est ça ? C’est à la maison, exactement. Merci. Du plus profond de nos cœurs d’artichauts.

groupe georgiens
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Dernière ligne, pas très droite…

3h00
« Tu ne penses pas qu’on devrait rester un jour de plus à Sulina ? »
En vrac, Sandra énumère les arguments – des plus cartésiens aux plus absurdes: « ici c’est vraiment des vacances, on ne retrouvera pas un tel endroit, si on atteint Odessa après-demain, ça fera pile 28 jours… » Les contre-arguments d’Aurélie ne sont pas plus convaincants : « On s’était mis d’accord, on n’aura peut-être pas le temps en une seule journée, on ne verra rien de l’Ukraine… »

4h00
Incapables de prendre une décision, nous nous en remettons au hasard : un lei local tranchera. Sauf que la pièce roule sous le lit et demeure introuvable… 

IMG_41485h30
Le réveil nous tire d’une d’une nuit insomniaque, mais qui nous a tout de même porté conseil: c’est décidé, nous nous lançons à l’assaut de la dernière ligne droite.


6h30

Sur le pont, Sandra tente désespérément de retenir le ferry prêt à lever l’ancre. Aurélie est encore à quai, à la recherche d’un petit-déjeuner. Elle embarque tout juste à temps pour effectuer l’unique liaison quotidienne, depuis les confins du delta jusqu’à la métropole de Tulcea

IMG_7108Un pied à terre aussitôt suivi d’un pouce en l’air. Pas de temps à perdre, la journée s’annonce marathonienne. Filip et Sylvio l’ont bien compris. Père et fils acceptent de nous conduire d’une traite jusqu’à l’embarcadère de Galati.

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NB : La logique de ce trajet échappe certainement au lecteur non géographe. Ainsi la carte ci-contre fournira un précieux éclaircissement sur l'(il)logique de notre itinéraire. Notez qu’à vol d’oiseau, Odessa n’était qu’à quelques miles… Suivant l’adage que nous avons fait nôtre (l’important n’est pas la destination blablabla…) nous résistons à la tentation de parcourir le trajet en bateau (ok, admettons qu’il n’y en avait pas…). 

13h00
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Sur l’autre rive du Danube, la Moldavie n’est pas très loin. Pour l’atteindre, Viorel nous ouvre les portes de son véhicule et, par chance, son meilleur ami n’est autre que le «chef de la frontière roumaine»! Un coup de fil passé et ce dernier nous accueille tout sourire à son poste. «Elle est interdite aux piétons mais je vais vous arranger ça». IMG_7134D’autorité, il «conseille» à  la première voiture de nous prendre comme passagères. Grace à ce stratagème et à la complicité de Liubovi et Jorj, nous franchissons donc sans encombres la double frontière (c’est-à-dire, en échappant au racket des douaniers moldaves qui est légion) – non sans poireauter tout de même deux bonnes heures sous un soleil cuisant…

15h00
Le couple de « passeurs » nous dépose devant le poste frontière Ukrainien. Cette fois, nous sommes à pieds et – on est prévenues – ça peut nous coûter un bras… D’emblée, le commandant en chef (et en treillis) nous jette des oeillades aguicheuses. L’occasion de titiller deux jeunes femmes ne se présente pas si souvent. Nous aurons droit à toutes les attentions.

– Possédez vous des armes ? Couteaux, matraques, peper spray… ?
– Heu, non…

(La lacrymo nous semblant un moindre mal, nous préférons répondre par la négative à l’ensemble – alors qu’à vous lecteurs, on peut le dire, on a une petite, toute petite bombe…)
Mais bien vite, la supercherie est détectée par le rayon X du passe-bagage dans lequel on nous somme d’introduire les nôtres.

– C’est que… Heu… En fait nous n’avions pas compris la question…
– Ici, c’est interdit. Vous irez deux jours en prison. A moins que… Vous avez 10€ ?

Dépourvues de toute liquidité, nous tentons de négocier, de façon à éviter l’internement, sans pour autant nous soustraire à la corruption (les sourires niais ça marche?) En fin de compte, nous sommes simplement délestées de l’objet du délit et gratifiées d’un clin d’oeil libidineux : « Welcome to Ukrania ».

16h00
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L’ukrainien n’étant pas traité par notre guide de conversation, c’est en russe que nous tentons d’expliquer à Stepan et Nicolaï que nous voyageons en autostop. Rien n’y fait, ceux-ci nous déposent à l’entrée de la gare routière de Reni. Cependant, même si nous avions voulu tricher en empruntant l’un des bus locaux, nous aurions été bien en peine de le faire car la station est parfaitement déserte…

17h00
Vladimir ne va pas à Odessa mais peut nous conduire à Izmaïl, cela nous rapprochera. La ville n’est qu’à 50km mais il nous faut 1h30 pour l’atteindre compte tenu de l’état de la route. « c’est comme ça partout en Ukraine ? »

18h30
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Nous voici sur un rond-point, très exactement au beau milieu de nulle-part. Soudain, du néant – telle la seule âme vive de ce paysage lunaire – surgit un chien. Si il n’avait pas eu de laisse, nous aurions certainement pris peur. Mais à le voir là, ventre à terre et langue pendante, nous décidons de stopper sa course de dératé. L’animal est visiblement perdu. Que faire de lui? Nous partons en quête d’un candidat à l’adoption… 


Lorsque nous pénétrons dans une auberge, deux femmes nous gratifient d’un «comme il mignon votre chien !» Nous avons beau nous échiner à leur expliquer que ce n’est pas le nôtre, que nous l’avons trouvé là, elles ne nous croient pas. Il faut dire que notre protégé met du sien pour les convaincre du contraire. Lorsqu’alternativement, nous nous rendons aux toilettes, il hurle à la mort… 


Aurélie décide alors de l’attacher dehors et de croquer son portrait sur une affichette. Sandra consulte Google Translate afin de persuader nos hôtes incrédules : « ce chien a perdu son maître ».

IMG_7180Pendant ce temps-là, elles nous concoctent de quoi nous restaurer. Une demi-heure plus tard, nous délectant d’un bortsch maison, nous réalisons que notre compagnon s’est carapaté sans dire au-revoir… 

19h00
Plus de chien, pas de voiture, peu d’espoir. Et cette pancarte qui nous nargue… Odessa : 300 kilomètres. 

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On se donne une heure avant de trouver – sinon, nous retournerons chez nos copines aubergistes et leur demanderons asile pour la nuit (après cette journée de fou, ce sera le cas de le dire).

IMG_419419h30
Un couple s’arrête. Olga et Stanislav sont installés à Kiev mais rendent visite à leurs parents, à Izmail. Pas d’Odessa donc. Et Tatarbunary? (Que le premier lecteur qui a déjà posé un pied dans cette ville se manifeste sur le champ). Non plus.
Pourtant, ils nous font signe de monter. Le bord du chemin où nous sommes étant aussi peuplé que le Sahel, ils proposent de nous mener à un meilleur spot : une station essence (joie : ça faisait si longtemps). 

Par empathie, Stanislav décide de nous trouver lui même un conducteur. Ce qu’il parvient à faire en moins de trois minutes. Sauf que… Entre-temps, Aurélie réalise avoir, dans la précipitation, oublié son portable sur le bord de la route (près de feu le chien, donc). Ni une ni deux, notre super couple/sauveur file à sa recherche tandis que nous faisons la connaissance de Danis, l’odessite qui offre de nous conduire à destination… finale!

19h30
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Le téléphone récupéré, nous remercions Olga et Stanislav avec un enthousiasme qui doit leur échapper. Mais voyez plutôt : il y a 28 jours exactement, nous quittions Berlin. Grâce à eux, et à nos 39 autres conducteurs, nous ne sommes plus qu’à quelques heures du but.

20h00
La route va être plus longue que prévue. L’asphalte est grêlé de nids de poule et nous empêche de dépasser les 70 km/h (c’est donc vraiment partout comme ça…?). Cela au moins le mérite de nous permettre d’échanger avec Danis qui, par chance, parle anglais. Lorsque nous lui racontons l’histoire du « pepper spray » à la douane, il répond : « Ridicule! Ce n’est pas interdit ici. La preuve, tout le monde possède des armes. Là, par exemple, j’ai un gros couteau… »
– Ah… Et bien nous, on n’a même plus de pepper spray (mais toute confiance en lui, heureusement). 

21h00
A chaque carrefour, la police hèle un véhicule sur deux. « Pour eux, c’est tout bénéf’ parce que lorsqu’ils t’arrêtent pour excès de vitesse, ils te proposent soit de payer l’amende à l’État, soit de ne payer que la moitié, mais à eux ». Evidemment, la plupart des gens choisissent la deuxième option. Très rentable d’être flic…

IMG_7242Danis, qui auparavant était gogo dancer (on adore…), est désormais manager d’une entreprise de construction. Il explique que tout fonctionne à la corruption. « C’est un système à intégrer. Il y a peu de place pour les gens complètement honnêtes, si tu ne ruses pas un peu ici, tu es mort (ou pauvre, selon) ».

22h00
Preuve par l’exemple : Danis offre de faire un détour pour nous montrer l’ancienne forteresse Akkerman, à 80 kilomètres d’Odessa. Même si, après 16 heures de route, nous avons surtout hâte d’arriver, nous n’osons pas refuser.

– Mais… à cette heure-ci, ça ne risque pas d’être fermé?
– Si, c’est même sûr. Mais avec un peu d’argent, on peut ouvrir toutes les portes…

De fait, dès qu’il leur glisse des billets dans la main, les gardes nous invitent cordialement à pénétrer dans l’enceinte désertée.

IMG_7234Le lieu est à couper le souffle. Sous la (pleine) lune, nous déambulons dans les ruines du château qui domine un immense lac (excusez l’absence de précision de la description, mais à cette heure-là certains neurones ont sauté – comme nous sur la banquette arrière).

23h00
Ça y est, nous y sommes. Comme dans un rêve cotonneux, nous arrivons, enfin. Odessa, où c’est çà ? Et bien c’est juste là…

Et il semble que nos aventures ukrainiennes ne fassent que commencer (le fin mot de l’histoire, demain – si, comme nous, vous tenez jusque-là). 

Course éole

« Comment dit-on éolienne en anglais ? »

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Lonel l’ignore., bien qu’avec son frère Lucian, il ait participé à la construction de la seconde plus grande ferme éolienne d’Europe. Dans sa voiture, la cinquième depuis ce matin, on file comme le vent qui souffle dru dans la région. À 150 sur la nationale, même pas peur ! C’est que le type est un pilote.

 Nous ne pensions pas y arriver…

Ce matin, quitter notre « Mamie » bulgare a été un déchirement. Et puis, la plage de sable fin, le soleil enjoué, la mer noire si bleue et les « tsatsas » (fritures de petits poissons) semblaient s’être ligués pour nous retenir.

IMG_6997Que les sceptiques soient assurés que nous ne manquons pourtant pas de nous lever tous les matins à l’aube (après ces 28 jours, il nous en faudrait au moins autant pour récupérer, mais comme disait l’autre… « on dormira quand on sera mortes »).


Ce n’est donc qu’à 14h que nous avons quitté Varna.
Objectif : Roumanie.

IMG_4082Comme nous l’avions avoué dans notre tout premier article 2013, nous savions à peine où se situait Odessa lorsque nous l’avions élue destination de notre second périple. Et, plus nous en approchons, plus nous réalisons combien ce choix – peu stratégique – nous complique l’existence. Pour y parvenir, en moins de trois jours maintenant, il nous faut traverser la frontière Bulgare, puis la Roumaine, la Moldave et enfin l’Ukrainienne. Plus le choix donc : il faut lancer le sprint final.


IMG_6989Nous croyions moyennement en notre capacité à atteindre le delta du Danube avant la nuit (450 km plus loin, à l’extrême nord-est du pays).

Et notre départ pas franchement en flèche conforte le doute : trois véhicules en deux heures pour parcourir les 60 premiers kilomètres. Et puis, alors que nous revoyions nos ambitions du jour à la baisse, Andreea et Marius se sont arrêtés, sans même lire la destination inscrite sur notre pancarte.

– On voudrait traverser la frontière roumaine.
– On peut vous conduire jusqu’à Constanta… 

IMG_4094D’autant plus prodigieux qu’il prévoient de faire halte à Vama Veche, le village hippie où nous aurions aimé passer la nuit si nous en avions eu le temps. Un verre, huit pieds dans l’eau, juste le temps de se dire que l’on se serait senties bien sur les hamacs de cette terrasse. Ce voyage est un avant goût de tous les suivants…

 Dimanche, 19h, retour de week-end, embouteillages en direction de Bucarest… (les Roumains semblent trouver, comme nous, que les côtes Bulgares sont les plus belles).

Le trafic est dense mais nos nouveaux amis – bien qu’à 250 km de chez eux – n’hésitent pas à faire un détour invraisemblable pour nous laisser en lieu sûr, une charmante station aux abords du port de Constanta…

Il nous reste encore plus d’une centaine de kilomètres à parcourir tandis que que le soleil commence à rougir… On craint d’enfreindre notre règle (jamais de stop la nuit tombée) mais Lonel et Lucian nous aident à relever le défi. A les entendre, ils nous « sauvent la vie » (Eh oui, les statistiques sont formelles. Selon eux, nous avions 65% de chance de tomber sur un criminel. La survie ici, c’est précis).

Dans leur voiture, le vent s’engouffre par les fenêtres et la musique, à fond, s’en échappe. Nous nous faufilons entre les charrettes, doublons tout le monde en une course folle que rien ne ralentit.

IMG_7041Vingt kilomètres avant Tulcea, ils nous indiquent l’hôtel où ils logent pendant les six mois que dure leur nouveau chantier. « On va tout de même vous accompagner en ville. Vous pourriez avoir besoin de traducteurs pour trouver une chambre ». Nos « bâtisseurs de turbines » ont sacrément contribué à rendre possible notre pari du jour. Nous ne savons pas s’ils ont réellement compris ce que nous faisions là, l’histoire du Petit Poucet et tout notre tintouin, mais grâce à eux, on approche du but… Lucian baisse soudain la musique :

« Wind flower, on dit wind flower ! »

IMG_4115Le lendemain matin, nous tombons littéralement en amour avec Sulina, un village au confluent du Danube et de la mer Noire. Ses plages de sable noir, son ciel constellés d’oiseaux migrateurs et ses quadrillages de canaux sont notre Ohrid 2013. Il faut vraiment partir, si vite ? Odessa, pourquoi déjà ?

Alors que l’on se demande si l’on reste, que l’on tire à pile ou face en dégustant nos poissons grillés, une chanteuse folk entonne : « the answer my friend, is blowing in the wind, the answer is blowing in the wind ».

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De la niche au palace

« C’est pas la Côte d’Azur, mais ça vaut le détour ». Suivant les bons conseils de Stéphanie (qui – contrairement à nous – possède un guide détaillé, ne rechigne pas à se lever à l’aube et a, de fait, une longueur d’avance sur les marmottes que nous sommes), nous faisons escale à Nis (prononcez niche – d’où la subtilité du titre).

Ici, contrairement à son presque homonyme provençal, pas de promenade des anglais, ni d’anglais tout court : la quatrième ville de Serbie n’a pas la faveur des étrangers. Elle recèle pourtant quelques curiosités qui valaient bien que nous lui consacrions une étape, et un article.

Tour crânesLa plus remarquable d’entre-elles est une « tour de crânes », érigée au début du XIXe siècle par les turcs afin d’épouvanter les envahisseurs potentiels. Le message a le mérite d’être clair : « si vous approchez trop on vous scalpe ». Originellement, l’édifice mesurait 30 mètre de haut. Aujourd’hui ne demeure que la portion inférieure.

La perpective de cette attraction aguiche nos instincts macabres. Hélas, on est lundi, et le lundi, en ce pays, est l’équivalent de nos dimanches. Nous demandons donc au gérant de la sympathique « guest-house » où nous avons trouvé refuge (dont on salue au passage l’accueil plus que l’originalité – celle-ci étant baptisée «Nis hostel»…) de vérifier pour nous que la construction est bien visible en ce day off. Confirmation obtenue, nous nous rendons sur place.

Sandra mini-vieilleA l’arrivée… La grille du parc est close et le lieu aussi dépeuplé que les plages de Fukushima. Incrédules (« ils nous avait bien assuré que c’était ouvert?»), nous contournons le bâtiment jusqu’à un guichet d’apparence fantomatique (ça cadre avec le thème…). À mieux y regarder, une femme à la physionomie néandertalienne – soit minuscule – s’affaire derrière un comptoir dont la vitre est baissée. Elle nous accueille tout sourire mais confirme la fermeture du monument. « Mais on nous avait dit… ». Elle ne parle pas un mot de franglais ni d’italmand mais sait se faire comprendre. Sur un morceau de papier, elle inscrit « 100$ ». Nous comprenons, qu’elle accepte de nous ouvrir les portes de l’enfer, mais que ça nous coutera un bras… (une nouvelle tour en construction?)

Après une succincte négociation, nous parvenons à obtenir un tarif dix fois inférieur pour cette entorse à la règle. Pour 10$ donc, nous pénétrons ce cimetière vertical et obtenons même une visite guidée en serbe! Bien que nous ne captions pas un mot de son discours, la mini-vieille s’avère être intarissable et, prenant volontiers la pose avec nous, elle nous offre une compagnie des plus insolites. Même les « vanités » nichées dans la roche millénaire semblent se fendre la poire !

Ensuite : visite du cimetière juif, des ruelles pavées de la vieille ville et dégustation d’un petit hamburger « Serbian’s cuisine », avant de repartir sur la route…. 

Pano famille

En l’occurrence, celle-ci promet un grand écart… Nous quittons la Serbie pour la Bulgarie d’une part, mais surtout un dortoir pour un palace…

Sandra SofiaSandra ayant animé une conférence auprès des managers du prestigieux groupe d’hôtels de luxe Kempinski, Gerd Ruge, le manager de celui de Sofia, nous invite à séjourner deux nuits dans l’une de ses suites !

Après ces nuits agitées, l’idée de ce havre de paix nous fait déjà ronronner de plaisir… Avouons tout de même être pour le moins mal à l’aise en entrant dans le lobby, notre attirail de traveleuses-teenagers sur le dos. Le bagagiste qui s’empare de nos sacs poussiéreux semble n’avoir jamais convoyé un tel accoutrement.

photo-2Lorsqu’il nous ouvre la «chambre» (surface additionnée de toutes celles occupées jusqu’alors + celle de nos appartement parisiens respectifs…), nous découvrons que, depuis ce quatorzième étage, chacune des fenêtres offre un panoramique à couper le souffle. Un festin de bienvenue nous kempinskiattend sur la table du salon. Chardonnay au frais, fromage, charcuterie et fruits enrobés chocolat… Merci Gerd, grâce à toi nous jouons à Cendrillon (minuit sonnera demain, lorsque nous reprendrons la route vers le nord…)


Aux mauvaises langues qui ne manqueront pas de déplorer l’embourgeoisement, nous répliquerons que – tel le caméléon – nous cultivons l’art du camouflage.

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Le prix à payer

guca sandraGuca… Ce nom ne vous dit peut-être rien – pas plus qu’à nous il y a un mois à peine – mais sachez qu’en Serbie tout le monde connait ce festival de trompettes. « Une institution depuis cinquante ans », « Le plus grand du monde », « l’essence de la musique serbe », « Le meilleur de la culture tsigane » sont les qualificatifs que nous avions entendus avant le départ (une connaissance de France nous l’avait si bien vendu que nous avions prévu notre itinéraire pour y parvenir à temps).

Et puis, récemment, nos amis de Belgrade nous avaient quelques peu refroidies. D’aucuns allant même jusqu’à parler de Guca comme d’un avant-goût de l’enfer. Nous ne les écoutions que d’une oreille, bien sûr – excitées que nous étions de découvrir ce petit village vibrant aux airs de Goran Bregovic.
Pano Guca

A l’arrivée, en lieu et place du fameux bourg de 5000 habitants à l’année, sont amassées 300 000 personnes. Si des fanfares gitanes animent effectivement les terrasses des restaurants, les disques de musique électronique des stands partenaires en font tout autant. Si des rondes de jeunes serbes se forment un peu partout, elles doivent enjamber les corps de ceux qui cuvent leur rasade du jour. Si les cuivres nous donnent la chair de poule, les vuvuzelas vendus à la sauvette ont tôt fait de couvrir leur musique.

Bien sûr, on ne veux pas généraliser et tout assombrir ainsi. D’ailleurs, pendant deux jours, nous nous acharnons à regarder le bon côté des choses. Le soir, dans le grand stade, des orchestres du pays concourent devant un public de fans. Toutes les générations chantent et dansent ensemble sur ces rythmes virtuoses. On rit aussi, souvent, en échangeant trois mots de serbe. Certains tentent de nous apprendre le Kolo (danse traditionnelle). Nous sommes surprises de constater combien ces airs rassemblent même – et surtout – les jeunes. Les musiciens sont époustouflants, c’est indéniable. 

cochons grilléssecurityMais à la seconde où l’on quitte le stade pour le centre-ville, entre les cochons qui rôtissent et les torses qui dégoulinent, la nausée nous reprend.
drapeauxIMG_6649Des types nous prennent par le cou ou par la taille (dans le meilleur des cas), soufflant au passage leur haleine chargée de Rakia.

Les rues sont tellement bondées qu’il nous faut près d’une demi-heure pour traverser l’artère principale et regagner notre chambre chez l’habitant – chambre dont, au passage, on avait oublié de nous préciser que le prix annoncé au téléphone était un prix « par personne » et non « par chambre ». Nous sommes deux et pour deux jours, passe encore, mais nos voisins de palier, des « fanfarons » franco-serbe (cinq enfants et quatre adultes), ont droit au même tarif alors qu’ils sont entassés dans une seule pièce..

Evidemment les habitants profitent du festival dont ils subissent l’affluence cinq jours par an. Mais de là à facturer un matelas au prix d’un hôtel parisien…

Statue trompetisteOn s’étonne à peine de voir les musiciens dormir à même le trottoir après les concerts – leurs frais n’étant pas pris en charge, ils vivent seulement de l’argent qu’on leur donne en échange de « prestations » (mini concerts privés aux tables des cafés). Ils partagent le bitume des ruelles les plus calmes (terme relatif ici) avec leurs instruments, entourés des cadavres de bouteilles et des presque-cadavres de ceux qui les ont descendues…


Après 48 heures et malgré quelques jolies rencontres (big-up à nos amis voyageurs à vélo s’ils passent par là entre deux montagnes), nous décidons d’écourter notre escale au réveil. Dans le jardin de la maison familiale où nous logeons, alors que d’autres « invités » sont attablés devant le petit-déjeuner, nous demandons s’il est possible de manger quelque chose. « Bien sûr, c’est douze euros ». Pour ce pays où l’hospitalité semble inscrite dans les gênes, c’est un comble… Mais tout se vend ici. Le moindre mètre carré habitable est loué. La famille franco-serbe finit par nous inviter à sa table (ces passionnés de culture gitane ont été la lumière de notre séjour) et nous repartons sur la route, plus tôt que nous ne l’avons jamais fait.

Il y a quelques dizaines d’années, Guca était, semble-t-il, un festival de musique.

Aurélie trompette

Pipo et trompettes

IMG_6579«Putain, il fait chaud aujourd’hui» Rituel quotidien, Sandra fait l’amer constat d’un mercure au sommet.
D’ordinaire, Aurélie trouve qu’elle exagère mais ce matin (ce midi… retard chronique oblige), elle corrobore ses propos : Belgrade est une étuve.

Il nous tarde de gagner Guca, une station d’altitude au sud du pays où les températures promettent d’être plus clémentes. Et puis surtout, il s’y déroule un festival de fanfare – dont nous vous réservons quelques nouvelles (caliente) dès ce soir.

IMG_6574Nous profitons de nos adieux avec Dunja pour la consulter sur la direction à suivre puisqu’elle n’est indiquée nulle part (avez-vous déjà cherché une pancarte Val d’Isère à Paris ?) et grimpons dans dans le premier tram semblant y conduire. Malheureusement, il bifurque et s’engouffre sur l’autoroute, dans le sens opposé….

Cette erreur d’aiguillage nous mène au beau milieu d’un embrouillamini de voies rapides nous rappelant quelques parties endiablées de « Mario Kart » (sur Super Nintendo hein, on est des vieilles… ). S’en extraire s’avère mission impossible.   Traverser, une mission suicide… Inutile de préciser que le soleil est toujours au beau fixe.

IMG_3709Vladimir qui passe par là prend pitié de nous « pauvres femmes au bord de la route et de la crise de nerfs » et nous dépose à l’entrée de l’autoroute pour Caçak (la ville la plus proche de Guca).

A partir de là, tout s’enchaîne très vite et nous sommes peu regardantes vis à vis du premier véhicule daignant s’arrêter. Au volant, un mini-monsieur un peu bossu, avec un jeune chauve pour copilote, tous deux parlant anglais aussi couramment que nous serbe. Le trajet va être long…

Après 20 minutes de route, les deux compères nous invitent à nous restaurer sur une aire de repos. Nous n’avons ni faim, ni soif mais comme ils ont l’air d’y tenir, nous cédons. La collation prend rapidement des allures de date à l’américaine (la classe en moins) et la conversation, celle d’une drague à peine voilée. « Et sinon nous on est célibataires et vous ? »

 Nous concoctons une réponse « actor studio » en trois actes :

  •  Sandra est guitariste fiancée à un pianiste
  • Aurélie va se marier en décembre avec un violoniste
  • Nous nous rendons à Guça pour y retrouver les producteurs de nos formations musicales respectives.

IMG_3711Leur ardeur momentanément calmée, nous reprenons la route – mais ils renouvellent leurs avances à l’aire de repos suivante. A l’Hippopotamus local, notre quatuor dénote – d’autant qu’un autocar plein à craquer de footballeurs locaux vient de débarquer. Nous ne pouvons retenir quelques oeillades (réciproques) en direction de ces athlétiques Apollons. Mauvaise pioche… À une minute près, leur bus se serait peut-être arrêté (mais vite, vite, oublions cette mauvaise pensée, souvenons-nous de nos maris musiciens). 

Goran et Zeljko nous rembarquent pour le dernier tiers du parcours. Manifestement heureux de notre présence, ils se retournent à maintes reprises pour nous prendre en photo, nous chanter des chansons…

Parvenus à destination, ils sont si protecteurs qu’ils tiennent à attendre avec nous la personne censée nous héberger. Nous sommes finalement presque tristes de les quitter (d’autant plus face au spectacle de ce qui semble nous attendre au festival…).

DSCF5712Mais dès le soir même, nous les recroisons par hasard dans la ville. Leur gentillesse désarmante nous fait presque culpabiliser de nos menus mensonges…

Après quelques bières partagées, nous poursuivrons nos routes respectives… En fanfare !

Belgrade jeu t’M

L’été dernier, à mi-chemin de notre parcours (Paris-Istanbul), nous avions retrouvé notre ami Bertrand Guillot, aux confins du Montenegro. Ce jour-là – le quatorzième donc – s’était distingué par une baisse de régime inhabituelle.

JouetsCette année, ni « BG » ni sentiment de « mi-temps » à l’horizon. Et une énergie plus que jamais débordante (l’habitude?). Pour fêter ça, nous consacrons au jeu (et au nous) cette dernière journée à Belgrade.

Jeu numéro 1 Poste stratégique
Partenaires : des fonctionnaires serbes.
Accessoires : une vingtaine de lettres comprenant des objets non-identifiés.

Comme promis à nos chers « Kisskissbankers », nous entreprenons d’expédier 18 galets souvenirs en remerciement de leur soutien. Un petit mot, des enveloppes multicolores, et à l’intérieur… nos mini-trésors.
A la poste, la guichetière, méfiante, secoue la première enveloppe :
– What’s in there ?
– Little stones…

Enveloppes timbréesL’employée incrédule ouvre le pli pour vérification. « It’s not possible to send this, you need to go to the customs ». À la douane pour des cailloux ?!! La femme nous redirige finalement vers la Poste principale. Afin de se « dédouaner » de toutes responsabilité… 15 minutes plus tard, même cirque à l’office central. « Je ne suis pas sûre que ça passera mais si vous y tenez vraiment, mettez-les dans la boîte. Si vous me les donnez, je serai obligée d’en référer aux autorités. OK, on prend nos responsabilités… Comme des trafiquantes de pierres (précieuses ?), nous glissons nos missives subversives dans la fente d’une vulgaire boîte. Vous parviendront-elles un jour ? C’est tout l’en-jeu…

Jeu numéro 2 – Fontaine de jouvence
Partenaire : une copine française baroudeuse pas poule mouillée pour un sou.
Accessoire : un bassin suffisamment propre, dans la ville.

Nous le répétons assez souvent ici : à l’est il fait (très) chaud. Refroidies par notre expérience de Novi Sad, nous nous hasardons à la baignade alternative dans les fontaines publiques… Belgrade en regorge et personne ne semble voir un quelconque inconvénient à nous voir y barboter. 

Sandra piscineSi nous savions mentir, nous prétendrions être dans un spa de luxe…

Mais comme ce n’est pas notre genre et que le ridicule ne tue toujours pas (sinon nous serions déjà 28 pieds sous terre), on avoue tout. Au milieu d’une fontaine de banlieue, avec Stéphanie, notre nouvelle copine autostoppeuse, nous n’avons pas résisté à faire un big-up à Joey (en robe de soie, soit…)

Jeu numéro 3 – Pierres à l’édifice
Partenaire : une autre Poucette, la seule capable de déceler la beauté d’un tas de gravillons.
Accessoires : un marqueur et une montagne de galets.

Montagne galets PPAlors que nous nous dirigeons vers la forteresse, nous devons nous pincer pour en croire nos yeux… Au détour d’une allée se dresse devant nous… une pyramide de galets! Un instant, on se demande si le jeu précédent n’a pas réellement eu notre peau… (Aurions-nous atteint le paradis des Poucettes – par inadvertance, au hasard d’un bain chloré nepije?) 

Jeu numéro 4 – Mus(é)e
Partenaire : un gardien serbe fan d’Edith Piaf.
Accessoire : un live de « La vie en rose ».

Vous le savez, nous sommes toutes disposées à élargir notre horizon historico-culturel. Mais comme à chaque fois que nous tentons de visiter un musée, celui-ci se révèle : soit inintelligible (ex : le musée militaire de Serbie dont 90% des panneaux ne sont pas traduits…), soit hors-sujet (l’histoire de la Hongrie à travers les arméniens et les poteries préhistoriques), soit fermé.

Aujourd’hui, nous nous rendons sur la tombe de Tito (chef vénéré de la Yougoslavie unifiée) et en profitons pour parcourir l’exposition supposée lui être consacrée… Au lieu de quoi, nous tombons sur des vitrines présentant une collection de vêtements traditionnels portés par les habitants des pays dits « non-alignés » – en référence au mouvement dont Tito fut l’instigateur. Nous passons brièvement devant les costumes boliviens, les armes éthiopiennes et les chaussons afghans… Mais restons une heure assises sur un banc, à l’entrée, avec Georges et Vladimir, les gardiens dudit musée, qui semblent inspirés par notre présence au point de revisiter une autre forme de danse traditionnelle…

Quant au cinquième jeu, nous nous y adonnons encore..

Dunja

Dunja, notre jeune hôte, après avoir partagé avec nous un succulent dîner dans un resto du centre, nous emmène retrouver ses amis. Ils ont entre 30 et 35 ans, sont médecins ou avocats mais boivent et rient comme des ados. Ils pensent qu’Aurélie a 18 ans (de fait, depuis que nous portons nos costumes de Poucettes le tarif étudiant nous est d’office appliqué). 


Bref. En ce quatorzième jour, comme presque tous les autres, nous cultivons la philosophie que Brel avait résumée en une phrase : être vieux sans être adultes…

Partisanes?

Ombres stop verticales«Désolées on ne monte qu’avec des femmes».

C’est la première fois depuis le départ que l’on utilise notre «parade sécuritaire». On a eu tort, peut-être – nous ne le saurons jamais – mais les deux premiers types qui s’arrêtent sur le bord de la nationale ralliant Novi Sad à Belgrade nous inspirent une répulsion épidermique (on se met en boule « Tu ne nous a pas vues. Non, non, la pancarte, c’est juste pour rigoler…»).

 S’ils n’avaient pas été à moitié nus, avec des bières entre les cuisses et un sourire libidineux, nous serions peut-être montées, mais là, nous avons préféré passer notre tour et attendre… cinq minutes de plus.

Bientôt – une fois notre étude sur échantillon subjectivement représentatif terminée – nous vous affirmerons sûrement que le stop est plus rapide que le train. Et surtout bien plus flexible! Tu te postes sur le bord de la route, à l’heure qui te convient (aucun retard possible), tu indiques ta destination et hop… Tu bénéficies d’un service sur-mesure. La LIBERTÉ on vous dit !

Et surtout (mais ça vous le savez déjà), ce moyen nous transporte entre les portières de mondes insoupçonnés. Ainsi en est-il de l’univers merveilleux des supporters de football, dont Dragan et Vladimir nous fournissent un aperçu grandiose.

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Dans sa vie ordinaire, à Novi Sad, Dragan est chauffeur de taxi et son ami est à la recherche d’en emploi de vendeur. Mais dans celle, extra-ordinaire, qui les conduit au stade de Belgrade pour assister au match des Partizan contre une équipe Bulgare (dont on a oublié le nom, évidemment, puisque nous sommes partisanes), ils sont SUPPORTERS.

Attention, pas supporters comme vous ou nous pourrions l’être du PSG ou de l’OM – vite fait, en regardant les matchs à la télé… – ces deux-là vivent Partizans,mangent, boivent Partizans, s’habillent Partizans et chantent Partizans. Pour preuve, voici la douce mélopée dont bruisse la sono :

Vladimir parle très bien anglais et tente de faire la conversation. En version traduite, cela donne peu ou prou :

– Qui est votre joueur préféré dans l’équipe de Serbie
– …
– Et Ljuboja, vous l’avez kiffé au PSG ?
– … Tiens, c’est Belgrade déjà ?
– Oui. C’est moche hein ? Nous, on vient juste pour le foot mais on déteste les mecs d’ici. Ils se la racontent parce qu’ils viennent de la capitale.
– Ah oui, on dit ça de Paris aussi… Et ils sont combien à vivre ici ?
– 2 millions en gros.
– Et dans le pays, il y a combien d’habitants ?
– 9 millions avec le Kosovo, 7 millions sans.
– Ah bon, vous comptez toujours le Kosovo…
– Le Kosovo sera toujours serbe.

S’enchaîne une discussion à bâtons rompus où en vrac, nos footeux affirment «qu’il y a trop d’Algériens en France », « Qu’ils n’aiment pas les gays » et que « les nouveaux policiers serbes sont des tapettes ».

Il reste quarante kilomètres, on craint l’impasse – voire pire – mais heureusement, l’hymne des Partizans retenti à nouveau dans l’habitacle de la Renaud Mégane. Le foot, finalement, c’est très bien comme sujet, ça rassemble.

Dragan nous dépose au pied de l’appartement de Dunja (notre nouvelle hôte). Pour le remercier, on lui laisse un galet (et un autre à Vladimir, pour porter chance à l’équipe, ce soir). Ils n’auront hélas pas suffit puisqu’à 23h, le résultat tombe : la Bulgarie l’emporte 1 – 0…

Pano Novi Sad

Novi (pas) Sad

WesternPanique ce matin en quittant Kesckemèt : devons-nous revêtir nos anoraks pour parer au choc thermique qui menace en sortant de notre Szauna hôtel ? À peine le nez dehors (et notre maison sur le dos), nous voici rassurées : le thermomètre affiche toujours 40° et, comme à l’accoutumée, nous partons à midi – horaire     I-DÉ-AL pour ne pas risquer un coup de froid. Le « spot » préconisé par le réceptionniste de l’hôtel est à une bonne heure de marche de l’établissement, mais nous ne pressons pas le pas. Les artères sont désertes – toute la ville semble être rassemblée au « air-show » – et nous nous apprêtons à prendre notre mal en patience.

Mine galetArrêt réassort de galets dans une mine à ciel ouvert, poses façon western devant une quincaillerie délabrée…

SzegedAffairées à nos activités (on est surbookées, voyez-vous), nous ne prenons pas même le temps d’inscrire le nom de notre destination finale « Novi Sad » au verso de la pancarte – lui préférant celui d’un objectif plus raisonnable, «Szeged », situé à mi-chemin. Compte tenu du trafic en ce dimanche d’août, nous serions prêtes à nous y rendre en carrioles, seuls véhicules manifestement en circulation…

Soudain, deux berlines immatriculées aux US surgissant de nulle-part se rangent près de nous. A leurs bords, une famille au complet – père et fils (au pluriel) d’une part, mère de l’autre. Croyez-le ou non, ils se rendent à Novi Sad. Inespéré!

FamilleTout semble simple comme Dobar dan (= bonjour serbo-croate) avec cette famille hongro-germano-russo-américaine… Du moins jusqu’au passage de frontière qui, pour la première fois depuis notre départ, s’avère être une gageure. A l’approche du poste de douane hongro-serbe, une file ininterrompue de véhicules à l’arrêt, nous laisse supposer que nous aurons tout le temps de faire connaissance… 

Après deux heures plaque contre plaque, nous pénétrons enfin le territoire serbe. Ce pays est celui que nous attendions le plus cette année. Sans nous l’expliquer, nous ressentons une euphorie telle qu’elle nécessite une petite douche froide. En l’occurrence un bain, dans le Danube. 

(Ah… elle voulait dire ça cette absconse pancarte…)

Revigorées, nous entreprenons dès le lendemain d’explorer le massif montagneux surplombant la ville – réputé pour les 21 monastères qui y sont disséminés. Un peu d’orthodoxie en plein air nous fera le plus grand bien. D’autant que l’on nous a certifié la présence d’un lac où nous pourrons à loisir compenser nos frustrations fluviales.

Pancartes serbe

Sur les conseils – en serbe – de la jeune femme de l’auberge, nous empruntons le bus 76 jusqu’au terminus. Là, nulle trace d’un quelconque monastère, mais quelques pictogrammes sur un plan équivoque semblent nous indiquer la marche à suivre. 


Sur les arbres, nouveau signe, plus évident et au combien séduisant : des petits coeurs peints sur les troncs. Nous les traquons consciencieusement pendant trois heures à travers cette « forêt de l’amour », sans croiser l’ombre d’un clocher… Aucun point d’eau non plus… Nos gourdes sont à sec (mais pas nos discussions, ce qui aggrave le problème). Enfin, eurêka, on tombe sur le « refuge des randonneurs » Malheureusement…

RestoranDépitées face à ce mince filet d’eau croupie (parfum jus de crevette), nous plaçons tous nos espoirs dans l’enseigne «restoran» entrevue entre deux mélèzes. Hélas, à mesure que nous nous en approchons, surgit l’évidence : le bâtiment n’est plus qu’un tas de ruines, et s’il nous permet une exploration tout à fait ludique, il ne résout en rien le problème de la déshydratation qui nous gagne.

En désespoir de cause, nous décidons d’en appeler à la générosité des habitants du hameau en contrebas. Approchant du premier portail non gardé par un molosse, nous n’en espérions pas tant…

Bozo et Bilana nous ouvrent leur porte comme si nous étions leurs filles. Ce couple de retraités nous fait faire le tour du propriétaire avant de sortir tout ce leur réfrigérateur compte de victuailles et boissons fraiches.

Notre maîtrise du serbe étant encore un brin limite (dur de rebondir sur « merci » « ça va » et « magnifique »),  nous échangeons dans un allemand revisité (si notre prof de terminale passait par là, elle ne nous le pardonnerait pas).

Nos organismes ressuscités, il est temps de reprendre la piste.
 Toujours pas de monastères, mais des petits coeurs partout – et le nôtre, gonflé à bloc !

Coeur arbre

Qui a la plus grosse ?

influence culturelle ? Le plus important festival de musique ? Le plus grand lac d’Europe ? Selon les guides, selon nos hôtes, c’est toujours l’exact endroit où nous nous trouvons, chanceuses que nous sommes.

Sandra tortueÀ Budapest on nous a dit « c’est dommage, vous ratez Tsiget, et aussi le lac Balaton à l’ouest… ». Mais c’est pour mieux découvrir Kesckemèt et « le plus vaste parc national du pays « (dixit notre guide, puisque nos amis hongrois en ont à peine entendu parler). Alors que voulez-vous, il faut choisir…

JovipechesEt puis, si Jovì ne nous avait pas prises en stop, en plein centre-ville de Budapest, nous serions peut-être restées davantage. Mais le dieu du pouce a jeté ses dés ainsi… Au volant d’une BMW blanche et climatisée, notre conducteur du jour est polyglotte – à raison toutefois d’un seul mot par langue : « super », « problema», « good » (ce qui vous laisse entrevoir le trait principal de sa personnalité) et exerce contre toute attente la profession de… livreur de pêches (pour le peu que nous ayons compris lorsqu’il a ouvert son coffre).

Lorsqu’il nous dépose après 120 kilomètres d’hilarité, nous en avons à revendre !

Rob et aurelianÀ mi-parcours, passant d’une portière à l’autre, nous embarquons avec le plus fantasque des duos comiques : Rob et Aurelian, la cinquantaine, respectivement roumains et hollandais. Ils se rendent, comme nous, à Kesckemèt, mais pour assister à un événement dont nous n’avions pas eu vent : le plus impressionnant rassemblement de voltige aérienne. Au programme : démonstrations de pilotage façon patrouille de France devant une foule de milliers de personnes (200 000 attendues pour une ville en comptant moitié moins). Soudain, se profile à l’horizon notre principale galère : ne pas trouver un toit pour la nuit..

Et, de fait, à en croire la jeune fille à l’anglais modeste qui opère au kiosque de la « police touristique » – plus un lit n’est disponible. En guise de compensation, elle nous remet un prospectus prodiguant des conseils de sécurité élémentaires pour les voyageurs. Ne laissez pas votre serviette de bain sans surveillance… (l’essentiel donc) avant de nous diriger vers l’office éponyme.

ShiningLà, les employés semblent n’avoir jamais entendu parler du parc national décrit avec tant de ferveur par Lonely Planet… A défaut être compétents, ceux-ci ont le mérite d’être serviables. Ils se démènent pour nous trouver « la dernière chambre disponible » dans un périmètre de cinquante kilomètres (à vue de pieds, elle n’en est pas loin). Nous découvrons bientôt qu’il s’agit aussi de la plus sordide


Le « Szauna hôtel » porte bien son nom – la température ambiante s’y élève à 40°. A la réception, personne n’a franchement l’air au courant de notre arrivée. Après un long conciliabule, les réceptionnistes consentent à nous fournir les clés d’une chambre à la décoration demeurée intacte depuis la chute de l’URSS.

IMG_6219Heureusement, nous jouissons d’une vue imprenable sur « la plus moderne piscine du pays ». Cinq bassins – nous jubilons déjà des fabuleuses perspectives qu’offre cette proximité salvatrice (vu la chaleur qui règne dans la chambre, un partenariat entre les établissements serait tout indiqué).

Nous gagnons le centre ville, où se produit l’orchestre philharmonique de Hongrie pour une représentation en plein air du « plus illustre des compositeurs hongrois contemporains » (heu, c’est qui déjà?)

Bercées par la douce mélodie, nous regagnons notre humble logis, découvrant que la piscine jouxtant le bâtiment, sous ses allures familiales, se transforme en « water-night-club » au crépuscule. Le vacarme d’un David Guetta local achève de nous convaincre de prendre le large à l’aube (8 heures du matin, pour nous, c’est inédit).

Nous partons donc en quête de la nature sauvage promise et espérée. La région est supposée être constellée de « puzta » (= fermes tenues par des bergers-cavaliers – du moins pour ce que l’on en a compris).

Sandy désertAyant manqué de peu l’unique bus s’y rendant, nous levons le pouce par réflexe, le long de la nationale, pour atteindre cette immense plaine sablonneuse et désertique. A notre arrivée (une seule voiture, trop facile), il est déjà « trop tard » pour assister au « cow-boy show », et il fait « trop chaud » pour espérer monter les chevaux…

Aurelie dosNous optons donc pour une simple randonnée au cœur de la pampa hongroise. Entre deux dunes, nous sympathisons avec une faune détonante : chiens, moutons et cochons ont tous ici un air de famille… À se demander s’ils ne sont pas issus du croisement improbable des mêmes géniteurs…

Aurelie et moutonVipères et criquets géants gangrènent ce zoo à ciel ouvert. Nous saluons de loin ces espèces moins « friendly » du règne animal avant de reprendre la route. Nous sommes alors loin d’imaginer qu’il nous faudra au bas mot huit véhicules – et autant de micro-trajets – pour rejoindre notre Kesckemèt adoptive – tellement sur les rotules que nous nous affalons à la première terrasse croisée.

Aurélie, qui n’a plus de clopes (= plus d’eau pour un mérou) doit alors relever le dernier défi de la journée : s’en procurer un paquet. On vous imagine déjà sceptiques (comme si exagérer était notre genre…), mais apprenez très chers, que depuis deux semaines, la Hongrie a trouvé le plus innovant stratagème pour endiguer le tabagisme : réserver la vente des cigarettes à des lieux spécifiques, interdits aux moins de 18 ans et accueillants comme un office du tourisme (hongrois). Pour preuve, nous l’avons infiltré

Cette journée, censée être « off » s’avère finalement être la plus épuisante de la semaine (Voyez, nous sommes les reines des superlatifs, et quoiqu’il arrive, nous aurons toujours la plus grosse…)

Budapest Express

liligo bar« Vous n’êtes pas frustrées de passer si vite dans chaque pays? » demande Simon, lors de l’interview qu’il nous a consacrée à Budapest pour le site de voyage Liligo

28 jours, c’est peu, soit. Et pour des voyageuses qui n’aspirent qu’à ralentir, c’est même un comble. Mais que veux-tu Simon, les visites, tout ça, même quand on y met du nôtre, ce n’est pas notre truc.

Tiens par exemple, nous avons tenté de combler nos lacunes historiques en visitant le musée de la Hongrie. Le prospectus promettait que nous aurions les réponses à toutes nos questions. Il allait même jusqu’à les énumérer (« Comment Budapest est-elle devenue cette capitale cosmopolite ? Comment l’influence hongroise a-t-elle évolué au fil des siècles ? »…).

Aurelie priere

Et bien, à l’intérieur, la plupart des légendes étaient en hongrois, l’histoire arménienne mêlée aux poteries préhistoriques, et, même à genoux devant l’autel du savoir, nous n’avons rien appris. Pas la moindre petite chose après 1000m2 d’exposition. 

spa dehors

Alors, oui, on avoue s’être rabattues sur une activité moins noble, mais beaucoup plus instructive : les bains de Budapest (après être passées par l’expo Schiele – mais nous n’en parlerons pas, ou vous nous croiriez monomaniaques). Imaginez des dizaines de salles en enfilades avec des bassins d’eau salée, souffrée, glacée ou brulante, des hammams colorés et aromatiques, des saunas à 45, 50 et 75°C. Et puis, dehors, des piscines à vagues, bouillonantes ou minerales, où barbottent enfants et vieillards, hispters et touristes.

IMG_3382Même si certains détails nous ont échappés (Pourquoi faut-il mettre un bonnet de bain dans la piscine ordinaire mais dans aucune autre ? Les poux ont-ils l’eau sélective ?), nous avons adoré cette plongée dans les traditions hongroises. En hiver, sous la neige, ce doit être extraordinaire.

Andras pancarteNous nous promettons d’y revenir – ce qui nous laissera au passage le temps de feuilleter quelques livres d’histoire… Bien que la meilleure histoire reste celle que l’on écrit au présent, et à plusieurs. En l’occurrence, ce nouveau chapitre a pour personnage principal Andràs, chez qui nous logeons grâce à notre site partenaire. Ce jeune artiste hongrois nous accueille comme si nous étions de vieilles amies. Ensemble, nous sortons dans les bars outdoors de Pest (les 50°C de l’appartement sous les toits nous font curieusement pousser des ailes, si tant est qu’il nous en eut fallu) et le rejoignons à chacune de ses pauses au café du coin (Andràs prépare des fichiers pour un photographe, parce qu’il est trop difficile de vivre de sa pratique artistique – la vidéo contemporaine – mais s’échappe de son bureau à la moindre occasion). 

Nous profitons de l’une d’elles pour lui dire au revoir – non sans lui avoir fait répéter pour la millième fois le nom de notre prochaine destination: Kecskemèt (essayez pour voir).

Trois nuits à Budapest, c’est notre record de sédentarité, et pourtant, tu as raison Simon, le temps sur cette route nous semble définitivement trop court.

Sacs pancarte

Codes de la route

Règle numéro 1 du stop : jamais la nuit.
Problème numéro 1 des Poucettes : toujours en retard.

IMG_5899Lorsque nous quittons le centre de Vienne, il est déjà 16 heures. Mais pas de stress, on a confiance. Ne sommes-nous pas quasiment passées pouceuses professionnelles ?

En deux arrêts de tram, cinq stations de bus et neuf de métro, nous expérimentons la variété des transports en commun autrichiens. (Les sorties de ville sont à l’autostoppeur ce que l’échauffement est au gymnaste, ou l’apéro au Breton c’est selon). Et puis, enfin, juste là, à gauche de l’usine, la «Tankstelle » convoitée…

IMG_3341De toute évidence, nous ne sommes pas les seules à placer nos espoirs entre ses pompes de gazoil, puisqu’un autostoppeur y tend déjà sa pancarte « Budapest ». La notre affiche le même objectif – notre monde est définitivement trop concurrentiel… Le type a de la barbe, et probablement trop de poils pour qu’un sourire puisse s’en décrocher. Bref, il nous fait peur et ne semble vraiment pas apprécier notre arrivée en fanfare (souvenez-vous que l’on chante, parfois). Pour ne pas – trop – le déranger, nous optons pour la stratégie du « one to one », la rencontre directe avec les conducteurs. Exemple d’approche délicate (traduite d’un allemand parfait, ça va sans dire):
– Bonjour. Sympa la nouvelle offre pour le fioul domestique n’est-ce pas ? Et sinon, ça ne vous dirait pas de nous déposer à Budapest ? »

Après une dizaine de minutes, un homme d’affaire hollandais expatrié en Slovaquie et travaillant en Autriche (normal) offre de nous avancer de quarante kilomètres à bord de son imposante Mercedes. Impossible de résister à la perspective d’un peu de clim. On se fait toutes petites sur les banquettes pour passer devant le barbu-qui-fout-les-jetons et savourons le plaisir d’une vraie discussion en anglais avec Feike, notre chauffeur grand voyageur.

IMG_3339Seulement voilà… Il est 17h et la station-service sur laquelle il nous dépose ressemble à s’y méprendre à la précédente – sauf qu’entre-temps, le ciel s’est considérablement obscurci. Il est 18h00 lorsque les premières gouttes nous chatouillent les avant-bras. Milan et Marie, un jeune couple de camionneurs hongrois nous fait signe de monter à bord. « Mettez-vous derrière, sur la couchette. On n’a pas tellement le droit d’être plus de deux. mais ne peut pas vous laisser là…». Planquées derrière le rideau,  nous faisons une brève expérience de la clandestinité. La vidéo ICI.

IMG_5926Milan conduit mais sa femme le seconde volontiers. C’est d’ailleurs elle qui lui signale que l’une des aiguilles du tableau de bord pointe dangereusement en direction de la zone rouge de la jauge – signe que le moteur est en surchauffe…

Cinq kilomètres plus tard, nous stoppons l’engin pour déverser quatre bidons de liquide de refroidissement sous le capot. « Ca va suffire tu crois ? » Milan nous répond en croisant les doigts… 

Deux minutes plus tard… Biiiiiiip !!! Le tableau de bord clignote. Cette fois, c’est le niveau d’huile. Deuxième arrêt. (A ce rythme nous pourrions sans mal devenir LES spécialistes de la station-essence autrichienne !) La fumée suspecte qui s’échappe du capot au troisième démarrage marque l’immobilisation définitive du véhicule.

Milan nous fait comprendre que « ça peut durer un moment… » mais que « on est les bienvenues si on veut dormir là… » La frontière est encore loin. L’orage est passé mais le soleil décline. Il est 19h30, l’heure de passer aux choses sérieuses.

IMG_3345Afin de ne point enfreindre notre règle, nous avons une demi-heure pour trouver un véhicule. Sinon, et bien… Nous gardons sous le coude la proposition de Milan et Marie (une nuit en camion après tout, pourquoi pas?)

Un à un, nous abordons chacun des usager de la station.

 Dans l’effervescence et l’acharnement de la dernière chance nous finissons par avoir l’embarras du choix ! Ils sont quatre chauffeurs, à se « disputer » notre compagnie. Ouf. L’option « quatre sur banquette arrière du camion » est évacuée.

Nous embarquons finalement avec une « famille formidable » (fait assez rare compte tenu de la place d’ordinaire occupée par ces chers bambins). Delhia, Lonele et leur fils Paul nous conduisent à la porte de notre hôte, au centre de Buda, après nous avoir convaincues de bientôt découvrir leur pays, la Roumanie.

IMG_5934Nous avons la larme à l’oeil en quittant leur garçon de treize ans, qui parle quatre langues et enchaîne les tours de magie. Pendant 200km, nous avons presque eu l’impression d’être ses sœurs.

 Il est 21h30. Le soleil vient de se coucher sur le Danube. Parfait timing. L’heure d’ajouter un nouvel alinéa à notre code de conduite :

Règle numéro 2 : ne jamais baisser les pouces.

Nous n’écrirons pas que tout va bien.

…Parce que nous savons pertinemment que cela ne vous intéresse pas. La preuve avec le top 3 des questions que vous nous avez posées à propos du voyage 2012 :

3 : Vous vous êtes disputées ?
2 : Est-ce que vous avez galéré pour trouver des conducteurs ?
1 : Ça n’a jamais été dangereux ?

Aurelie panneau WienOh, on ne vous jette pas la pierre (sans mauvais jeu de mot)… Comme vous, nous attendons la chute, le crash, le scoop devant le Tour de France, la Formule 1 ou le journal télévisé (deux de ces exemples sont fictifs, on vous laisse deviner lesquels). Mais que faire alors, lorsque l’on a conscience des attentes de son lectorat et que, pour autant, tout ce que l’on a à partager est positif (=décevant) ?

Adela et Guris mikulovInutile, par exemple, de vous dire que pour rallier Vienne depuis Mikulov, nous n’avons même pas eu le temps de répéter trois fois « goulash » avant qu’Adela et Guris ne nous cueillent sur le bord de la route. Impossible aussi de vous raconter leur histoire d’amour qui ferait pâlir de jalousie les scénaristes des soaps américains… Tenez : lui Létonien, elle Tchèque, rencontrés il y a huit ans sur la toile, ayant depuis échangé leurs pays comme pour mieux intégrer le monde de l’autre. Jonglant entre les avions et les langues, ils vivent à distance, mais sont très (très) proches – dans l’habitacle de leur voiture, ça dégouline d’amour. Ils viennent d’ailleurs de se marier ; voyez comme c’est indigeste.

Stef sand rueInutile aussi de vous parler de Stefan, l’ami qui nous héberge à Vienne. Parce que Sandra le connait depuis dix ans et qu’à chaque fois c’est une nouvelle première fois. Parce qu’Aurélie l’a découvert cette année et que le courant est très bien passé.Aurelie et Stefan Parce que les deux jours passés chez lui nous ont fait mal au ventre tant ils étaient fous (rires). 

Et que dire de la ville ? Même si sa grandiloquence nous glace un peu (trop de monuments et de Mozarts en goguette ?), Vienne nous a offert une parenthèse culturelle salutaire: 

PP PicassoSchiele, Klimt et Picasso nous en ont fait voir de toutes les couleurs (que le premier capable de décrire une toile de maître sans avoir l’air de donner un cours d’histoire de l’art se déclare ici et maintenant). 

Pano 2 belvedere

Non, vous voyez, il n’y a rien à faire, notre escale Viennoise n’a pas connu la moindre sortie de route, pas la moindre anicroche. Mais…

piedsmainsComme nous faisons toujours des pieds et des mains pour vous satisfaire, et bien nous avons tout de même trouvé un petit quelque chose… Un concert à l’ambiance absolument indescriptible, voyez plutôt la vidéo ICI

Et promis, dès demain, nous partagerons de nouvelles galères. Sur le trajet Vienne-Budapest, nous avons fait le plein!
D’ici-là, prenez soin de vous. Parce que nous, on vous aime aussi quand tout va bien…

Mikul’OFF

« Une petite portion d’Italie apportée en terre de Bohème par la main de Dieu ». Lonely Planet trouve toujours LA formule qui vous donne envie de faire un détour. Celui de Mikulov le valait bien et nous avons passé deux jours au calme de sa forteresse fortifiée « trois fois détruite et autant de fois reconstruite, d’où l’on peut admirer un panorama de collines verdoyantes plantées de vignes centenaires » – Pour plus de détail géographico-historiques, rendez vous page 331 du LP Europe de l’est. Pour la version « underground » – vous êtes au bon endroit. 

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Se loger
Arrivées à 20h, en plein mois de juillet, dans une station aussi couverte d’éloges par le guide, sans réservation, nous nous attendions à coucher à la belle étoile… C’était sans compter sur l’aide de Milan, aubergiste de son état qui nous a déniché une chambre dans une penzion improvisée dans un garage à ambulances.

lapins chambreTchèque-in : un rottweiler plus prompt aux grognements qu’aux caresses de bienvenue nous accueille. Son maître, tout aussi peu enclin à la négociation, ouvre son unique chambre à la décoration délicieusement surannée. Il s’avère que nous ne le reverrons plus des deux jours et pourrons finalement Tchèque-out à l’heure qui nous conviendra (16h ?), en déposant les clés à l’entrée. Après tout il a raison, pourquoi s’échiner à se connaître, nous avons tous bien mieux à faire. À commencer par…

Se restaurer
Vendredi, 20h45, nous voici attablées à l’unique terrasse toujours en service sur la Grand-Place du village (cf. article précédent – dont la thèse ne cesse d’être confortée). Face à nos papilles excitées, le serveur décline un menu à la variété sans pareille: « we have sausage OR pork steak. » Comme vous connaissez notre insatiable curiosité, vous imaginez bien que nous optons pour « un mix des deux ». L’employé revient quinze minutes plus tard, sans assiettes mais l’air penaud: « il ne reste que des saucisses… » Comme vous nous savez conciliantes, vous imaginez bien que nous choisissons « deux saucisses ».

Et voyez-vous, ici on ne badine pas avec l’intitulé. Pas de chichis, pas d’accessoire. Non. Une saucisse, c’est une saucisse, trois louches de moutarde. Point. La République Tchèque, c’est l’art culinaire brut.

Pas plus tard que le lendemain, au petit déjeuner, nous expérimentons à nouveau l’hyper-spécialisation des restaurants de la région.
– Bonjour, est-il possible de déjeuner ? (Sur la terrasse, nous avons remarqué une pancarte mentionnant « wifi and breakfast »- réseau et ravitaillement, exactement ce qu’il nous fallait!)
– Ah, désolé, mais nous n’avons personne en cuisine.
– On peut quand même prendre un café et un jus d’orange
– Désolé, on ne fait pas de café.
– Bon, et bien deux jus, ce sera parfait. (Heureusement, il leur restait un code wifi en salle).

nepijeS’hydrater
Pije ou nepije ? Trois jours après être arrivées, nous découvrons la différence entre eau potable et non potable. Vraisemblablement, celle notre hôtel ne l’était pas…

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Pour noyer notre désarroi (et supporter la chaleur accablante), nous décidons de passer quelques heures à la piscine publique du village. Martin Paar y aurait trouvé ses muses…


Se dépasser
Lac
Un jour sans stop et déjà, la bougeotte nous reprend ! Nous décidons de louer deux vélos pour explorer la campagne vinicole alentour. Sous 42°C, nous sillonnons les chemins, les sous-bois, longeons les étangs aux eaux gros-poissonneuses, nez à l’affut et au vent tiède. Les odeurs de pin, de lavande et d’abricot nous font tourner la tête au point que nous nous égarons à travers champs (après déjà plus de 35km parcourus…). Encore quelques minutes d’errance, et au bout d’une route, telle une oasis… Une STATION-SERVICE ! Une vidéo OFF de la station service ici…aurelie station

Halte au club-med des poucettes pour un ravitaillement comme on les aime, au milieu des odeurs d’essence, avant d’enfin atteindre le château de Letnice. 

Il est alors 17h, et nous sommes censées rendre les vélos avant 18h, à 25km de là (ils roulent à combien au tour de France?). Aurélie avait « juré, promis. » Sandra avait même ajouté « sans faute… » Le retour est donc un sprint final façon Poucettes sous amphétamines… Faut ce qu’il faut dans le vélo. Bilan de la course : nous arrivons à 19h. Le magasin est fermé. Mais dépasser l’horaire d’une nuit, ici c’est admis ?

Lâcher prise
Certains font des saunas, d’autres des siestes ou des orgies gargantuesques (ici nous savons donc que c’est exclu…). Mais quoi de mieux pour se détendre qu’un concert gipsy dans le parc du château – main dans la main d’inconnus de tous âges?

 chateau tourDe toute façon, après une cinquantaine de kilomètres passés sur la selle, s’asseoir est exclu… Alors autant disséminer le peu d’énergie qu’il nous reste au son de cette musique bohème. Et croyez-nous, elle vaut tous les superlatifs des guides. (Mamie Jackson et son swing endiablé en images)

Conjonction et coordination

Nous savons lire. Nous adorons parler (euphémisme). Et, la plupart du temps, franchissons l’obstacle de la « barrière de la langue » comme des purs-sangs arabes sur l’hippodrome de Vincennes. Seulement voilà, en République Tchèque, ledit obstacle a des allures de mur.

Aurelie PosteNous nous y heurtons pour la première fois à la Poste où nous avons eu la veilléité d’acheter… Un timbre! (C’est que – on vous le rappelle – nous avons promis d’envoyer des galets à nos nombreux et généreux contributeurs!). À l’entrée : une console aux allures de tableau de bord de la NASA et une vingtaine de factrices en uniforme derrière des guichets numérotés.
Le magasin a beau être pratiquement désert, nous comprenons qu’il faut se munir d’un ticket et suivre les consignes sur l’écran de contrôle pour accéder au guichet correspondant. En l’occurrence, c’est un bureau fermé où l’on nous invite à nous asseoir face à un fonctionnaire, avant de faire valoir notre impérieuse requête : « do you have stamps ? » Billets TramLes transports en commun suivent une logique analogue et l’achat d’un simple billet relève du parcours du combattant. N’étant ni ingénieures ni grammairiennes, nous optons pour la formule-éco – 15mn pour traverser la ville et atteindre la pittoresque périphérie de Chodov. Retour au bitume et à l’asphalte !

Mat et JeanC’est que toute la beauté dégoulinante de Prague nous écoeurait à force : les ruelles pavées de la vieille ville, ses ponts bordés de statues, ses horloges dorées, et la vue imprenable sur la Vlata depuis la terrasse de nôtre cher hôte Jean (LE monsieur sécurité du GPS, qui a si bien assuré la nôtre pendant ces 24 heures).erotic city

Non, vraiment, il était temps de renouer avec notre élément : un joli rond-point de banlieue-Est, entre le centre commercial, quelques barres HLM et l’entrée de l’autoroute. I-dy-li-que.

Ici débute notre mission « Mikulov » (on n’en sait pas plus à ce stade), et ici s’installe une nouvelle « barrière ». De la langue des signes cette fois ! Petit lexique à l’usage des néophytes :

Désolé-mais-je n’ai-pas-à-me-justifier : haussement d’épaules
J’habite ici : index pointé vers le bas
Allez les filles! (vous êtes super mais je ne peux rien pour vous) : pouces en l’air.
Vous êtes cinglées : moulinet à côté de la tempe.
Et enfin, le plus rare mais le plus éditifiant : « parle à ma main »!

Sandra TobiasLe pantomime cesse grâce à la Skoda d’Eliska, dont nous partageons la banquette avec Tobias, son fidèle compagnon. Aucun problème de langue avec lui, puisqu’il l’a bien pendue et ne rechigne pas à la passer sur nos visages (sous 45°, ce n’est pas si désagréable…). Cette jeune étudiante en culture européenne nous dépose dans un haut lieu de la culture américaine : au Mac Donald de Humpolek. Sandra y renverse son café glacé sur un conducteur potentiel, Aurélie farfouille dans les cailloux du parking, jusqu’à ce que Yann, Marie et Monika, offrent de nous embarquer jusqu’à l’étape suivante. Ce sympayhique trio de jeunes trentenaires (dont un dentiste !! – souvenirs…) nous dépose « à la station service de notre choix ». Nous optons donc pour une coquette aire aux alentours de Brno. Le jeune pompiste nous vient immédiatement en aide et fait office de traducteur auprès des conducteurs non anglo-germano-hispano-francophones (et il y’en a pas mal dans le coin…).

PompisteAprès une vingtaine de minutes, c’est finalement Peter qui accepte de nous conduire à destination. Avec lui, nous n’avons pas un mot en commun. Mais nulle barrière sur cette route de campagne bohème. Entre un silence, quelques notes et bien des rires – nous nous comprenons très bien.Panoramic chateau prague

L’Est appartient à ceux qui dînent tôt

23 heures. Clärchens Balhaus. Berlin. Les guirlandes et lampions zèbrent de lumières multicolores le jardin de la vieille salle de bal où nous espérons faire bombance d’une curry wurst de bienvenue.
« Désolés, on ne sert plus. »
À l’est, on dîne tôt…

Nous nous rabattons sur la seule gargote du quartier dont les cuisines frémissent encore. Un hamburger japonais puis quelques Prost à l’Absinthe pour porter chance à ce deuxième périple vers l’est.

IMG_5493Dodo chez « l’habitant Ingo », un inconnu déjà presque familier. Puis le lendemain, nous reprenons les rituels tout aussi familiers : réorganiser le sac-à-dos, préparer la pancarte – galets et marqueurs à portée de mains, une carte routière au cas où. Et puis traverser la ville plein Est, vers le « bon spot ».

«Là c’est parfait, entre les deux stations service, non plus loin après le feu rouge, je suis sûre qu’à la sortie du Burger King ça va marcher, attention il a une voie de bus. Et une piste cyclable… » 

IMG_5543Poucette avertie en vaut deux (fois deux ?). Près d’une heure à attendre, sous le soleil exactement, sans désespérer pour autant – l’expérience 2012 nous a conforté dans nos certitudes : le stop marche à tous les coups (même si il nous faut parfois marcher beaucoup). 

Trois autres « pouceux » dans les parages semblent eux aussi prendre leur mal en patience. Leur présence nous rassure – c’est le « bon spot » – mais nous contraint à nous poster plus loin (règle numéro 3 du code de déontologie de l’autostoppeur : premiers arrivés, premiers servis).

IMG_5553Soudain apparait la voiture de John, camerounais d’origine, avec à son bord un allemand et une française, étudiants à Dresde. Il s’agit de co-voiturage – payant donc? Après quelques bredouillements auf Deutsch, nous comprenons que John accepte de nous embarquer en échange de l’un de nos fameux galets.

John vit en Allemagne depuis vingt ans, parle camerounais, anglais, allemand et un peu français. John construisait des routes avant de devenir professeur de salsa. John est pince-sans-rire et trouve que les filles parlent trop. John adore qu’on lui chante des chansons mais déteste qu’on le prenne en photo (il faudra donc nous croire sur parole).

IMG_556117h. Il nous dépose à Dresde. A mi-chemin de notre parcours du jour. On hésite : repartir vers l’autoroute illico pour gagner Prague ou faire une visite éclair de la ville ?
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La traversée de l’Elbe nous convainc de laisser nos bagages à la gare pour une petite heure. Ville rasée, reconstruite, ville de l’Est devenue capitale économique régionale (la Saxe), centre universitaire où la consommation bat son plein (en témoignent des kilomètres de devantures de boutiques flambants-neuves), Dresde construit des ponts entre hier et aujourd’hui. La Frauenkirche, église entièrement détruite en 1945, vient ainsi d’être reconstruite à l’identique – quelques pierres noires rappelant ce que furent les fondations de l’édifice original.  

IMG_313018h30. Il est temps de reprendre la route si l’on espère arriver avant la nuit.
19h. La fenêtre avant d’un coupé rutilant s’ouvre sur Christopher. Il rentre à Prague, où vit depuis peu (En réalité, il est anglais – trahi par un accent « so britich »). La cinquantaine enthousiaste, il aime Véronique Samson et piloter des avions. Son GPS parle en miles et en inches et – grâce à lui (à eux) – nous parvenons sans tarder ni nous perdre au pied de chez Jean, un ami d’ami qui a la gentillesse de nous accueillir chez lui. IMG_5582 2

Depuis sa terrasse, les cent clochers de la ville semblent presque à portée de main. L’apéritif se prolonge jusqu’à la nuit tombée, et que la faim commence à faire chanter les panses vides. « On va dîner ? »

Un, deux, trois… Dix restaurants, et invariablement :
« Désolés, on ne sert plus. »
C’est vrai, à l’Est, on dîne tôt.