Des cuivres aux Balkans

En passant

Les P'tites Poucettes Aurélie Streiff Sandra Reinflet libé

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(S)top chrono

Aurélie NisPressées de quitter Guca, nous ne prêtons pas attention aux visages, ni aux carrures XXL de nos nouveaux conducteurs… À la sortie du village, le 4×4 de Milan et Vidoje démarre en trombe. Une minute plus tard, nous réalisons que nous venons peut-être d’enfreindre la règle essentielle du stop : être regardantes et se fier à l’instinct. Sur ce coup-là, le nôtre est resté bouche cousue tant il cherchait à fuir les vuvuzelas… 

Les gaillards ne parlent ni anglais, ni allemand, ni aucun dialecte dont nous aurions quelques rudiments en commun. L’un d’entre eux possède pourtant un langage corporel tout à fait développé… À chacune de nos phrases, il baise goulument nos mains sous prétexte de les serrer, n’hésite pas non plus à caresser nos genoux depuis le siège avant…

A, M & Z - lunch5 kilomètres après le départ, constatant notre trouble latent, nos hôtes téléphonent à un ami anglophone, le priant de se faire l’interprète. Par son biais, nous comprenons qu’ils nous invitent à déjeuner chez des amis non loin de Cacak avant de nous conduire à l’autoroute (où chacun poursuivra sa route – eux vers Belgrade, nous vers Nis). Evidemment, nous refusons, prétextant un rendez-vous urgent avec une amie sur place. Déçus, ils appellent alors une nouvelle intermédiaire, une « cousine québécoise » – francophone donc. Celle-ci se veux rassurante (et l’est de fait), nous expliquant que ses amis sont réellement des hommes de confiance, qu’ils ne cherchent qu’à nous aider et qu’ils se réjouissent de nous faire découvrir les spécialités culinaires de la région.

Milan ZeljicoLorsque Milan se lève pour nous passer le combiné, nous réalisons qu’il est partiellement hémiplégique. La moitié de son corps (jambe et bras gauches) est invalide. Nous évitons le sujet, mais l’imposante cicatrice qui lacère l’arrière de son crâne laisse supposer qu’il a subit un grave accident. Son enthousiasme à partager ces instants avec nous (malgré sa trop grande « expressivité » physique) nous convainc de céder à l’invitation.

Après tout, nous faisons du stop par amour des déviations…

Il s’avère que nous ne le regrettons pas une seconde. Au cours du déjeuner où nous faisons la connaissance de leur sublime cousine Nastasia, nous passons d’un échange pour le moins rudimentaire, comme celui-ci :

… à une discussion sur la culture serbe en allemand (mais pas de film, puisque, de fait, c’est beaucoup moins drôle). 

NatasaNous dégustons ensemble un jaretina u sacu, succulent mijoté d’agneau – spécialité de la maison. Nos hôtes se plient en quatre pour nous satisfaire (de fait, leurs deux mètres respectifs semblent soudain moins impressionnants). Ce n’est qu’à 14 heures, détendues et repues, que nous reprenons la route (précisons que depuis notre point de départ, nous n’avons parcouru que 15 kilomètres…).

Milan étant manifestement amoureux de Sandra, nous profitons de la paralysie de son bras gauche pour mettre en place une stratégie de défense : cette dernière opte pour la place derrière son siège, tandis qu’Aurélie s’installe au centre. Car si elle le fait hurler de rire à la moindre phrase (dont il ne comprend pas un mot…), il saisit chaque occasion pour attraper la main (au mieux…) de Sandra pour la couvrir de baisers « amicaux » mais trop humides à son goût.

IMG_6742Le trajet commence à faire étrangement écho à celui de l’aller… puisque nos compères décident à peine une heure plus tard de nous arrêter sur le parking d’un hypermarché où travaille un autre cousin de Milan. Le parcours prend des allures de présentations officielles…

Malgré notre impatience grandissante, ils insistent pour nous offrir des sorbets saveur E315. En dépit de leur sincère amabilité, nous ne pouvons nous empêcher de trouver le temps long (il est 16 heures lorsque nous quittons la zone industrielle). Il faut dire que les conversations façon onomatopées épuisent à la longue. 

Mais lorsque le péage se profile, une larme en fait autant sur la joue de Milan.

Cet homme un peu bourru est touchant (dans tous les sens du terme), et, si nous sommes soulagées de prendre un peu d’air(e), nous avons malgré tout un petit pincement au coeur face à l’émotion qui s’empare de lui lorsque nous lui faisons nos adieux.

DraganPar chance, notre second et dernier conducteur de la journée est d’une nature disons… moins expansive. Pondéré, cultivé ET anglophone, Dragan est ingénieur en travaux publics. Il nous parle histoire et politique, ne nous caresse pas les genoux, mais tout de même – afin d’assurer la transition de cette journée « à l’oeil », nous offre une glace à la station essence avant de nous déposer aux pieds de notre auberge Nisoise.

Après de longues heures sur la route pour effectuer en tout et pour tout 200km, nous réalisons avoir fait plus de stops que d’autostop, et malgré tout, avoir trouvé ça (s)top ! 

Pipo et trompettes

IMG_6579«Putain, il fait chaud aujourd’hui» Rituel quotidien, Sandra fait l’amer constat d’un mercure au sommet.
D’ordinaire, Aurélie trouve qu’elle exagère mais ce matin (ce midi… retard chronique oblige), elle corrobore ses propos : Belgrade est une étuve.

Il nous tarde de gagner Guca, une station d’altitude au sud du pays où les températures promettent d’être plus clémentes. Et puis surtout, il s’y déroule un festival de fanfare – dont nous vous réservons quelques nouvelles (caliente) dès ce soir.

IMG_6574Nous profitons de nos adieux avec Dunja pour la consulter sur la direction à suivre puisqu’elle n’est indiquée nulle part (avez-vous déjà cherché une pancarte Val d’Isère à Paris ?) et grimpons dans dans le premier tram semblant y conduire. Malheureusement, il bifurque et s’engouffre sur l’autoroute, dans le sens opposé….

Cette erreur d’aiguillage nous mène au beau milieu d’un embrouillamini de voies rapides nous rappelant quelques parties endiablées de « Mario Kart » (sur Super Nintendo hein, on est des vieilles… ). S’en extraire s’avère mission impossible.   Traverser, une mission suicide… Inutile de préciser que le soleil est toujours au beau fixe.

IMG_3709Vladimir qui passe par là prend pitié de nous « pauvres femmes au bord de la route et de la crise de nerfs » et nous dépose à l’entrée de l’autoroute pour Caçak (la ville la plus proche de Guca).

A partir de là, tout s’enchaîne très vite et nous sommes peu regardantes vis à vis du premier véhicule daignant s’arrêter. Au volant, un mini-monsieur un peu bossu, avec un jeune chauve pour copilote, tous deux parlant anglais aussi couramment que nous serbe. Le trajet va être long…

Après 20 minutes de route, les deux compères nous invitent à nous restaurer sur une aire de repos. Nous n’avons ni faim, ni soif mais comme ils ont l’air d’y tenir, nous cédons. La collation prend rapidement des allures de date à l’américaine (la classe en moins) et la conversation, celle d’une drague à peine voilée. « Et sinon nous on est célibataires et vous ? »

 Nous concoctons une réponse « actor studio » en trois actes :

  •  Sandra est guitariste fiancée à un pianiste
  • Aurélie va se marier en décembre avec un violoniste
  • Nous nous rendons à Guça pour y retrouver les producteurs de nos formations musicales respectives.

IMG_3711Leur ardeur momentanément calmée, nous reprenons la route – mais ils renouvellent leurs avances à l’aire de repos suivante. A l’Hippopotamus local, notre quatuor dénote – d’autant qu’un autocar plein à craquer de footballeurs locaux vient de débarquer. Nous ne pouvons retenir quelques oeillades (réciproques) en direction de ces athlétiques Apollons. Mauvaise pioche… À une minute près, leur bus se serait peut-être arrêté (mais vite, vite, oublions cette mauvaise pensée, souvenons-nous de nos maris musiciens). 

Goran et Zeljko nous rembarquent pour le dernier tiers du parcours. Manifestement heureux de notre présence, ils se retournent à maintes reprises pour nous prendre en photo, nous chanter des chansons…

Parvenus à destination, ils sont si protecteurs qu’ils tiennent à attendre avec nous la personne censée nous héberger. Nous sommes finalement presque tristes de les quitter (d’autant plus face au spectacle de ce qui semble nous attendre au festival…).

DSCF5712Mais dès le soir même, nous les recroisons par hasard dans la ville. Leur gentillesse désarmante nous fait presque culpabiliser de nos menus mensonges…

Après quelques bières partagées, nous poursuivrons nos routes respectives… En fanfare !