Des eaux et des bas

bulgarie-debrecen-pancarteBienvenue dans le pays où les noms des villes ressemblent à des codes wifi et où seul un polytechnicien peut prétendre convertir de tête la monnaie locale (diviser 10960 par 264 pour obtenir le prix d’une chambre d’hôtel).

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Nous y faisons la connaissance de Zoli, qui rêve d’être un grand voyageur mais n’a pas encore franchement l’âme d’un routard. Pour son premier séjour à Debrecen, il s’inquiète de ne pas trouver d’hébergement et supplie un ami de réserver à sa place. Il est très impressionné d’apprendre que nous nous allons dormir à l’auberge de jeunesse. Pour lui, c’est là le comble de l’exotisme. Il passe son temps à vérifier l’itinéraire et insiste pour que nous lui fournissions l’adresse précise (alors que l’auberge est située sur la place principale).

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Qui a la plus grosse ?

influence culturelle ? Le plus important festival de musique ? Le plus grand lac d’Europe ? Selon les guides, selon nos hôtes, c’est toujours l’exact endroit où nous nous trouvons, chanceuses que nous sommes.

Sandra tortueÀ Budapest on nous a dit « c’est dommage, vous ratez Tsiget, et aussi le lac Balaton à l’ouest… ». Mais c’est pour mieux découvrir Kesckemèt et « le plus vaste parc national du pays « (dixit notre guide, puisque nos amis hongrois en ont à peine entendu parler). Alors que voulez-vous, il faut choisir…

JovipechesEt puis, si Jovì ne nous avait pas prises en stop, en plein centre-ville de Budapest, nous serions peut-être restées davantage. Mais le dieu du pouce a jeté ses dés ainsi… Au volant d’une BMW blanche et climatisée, notre conducteur du jour est polyglotte – à raison toutefois d’un seul mot par langue : « super », « problema», « good » (ce qui vous laisse entrevoir le trait principal de sa personnalité) et exerce contre toute attente la profession de… livreur de pêches (pour le peu que nous ayons compris lorsqu’il a ouvert son coffre).

Lorsqu’il nous dépose après 120 kilomètres d’hilarité, nous en avons à revendre !

Rob et aurelianÀ mi-parcours, passant d’une portière à l’autre, nous embarquons avec le plus fantasque des duos comiques : Rob et Aurelian, la cinquantaine, respectivement roumains et hollandais. Ils se rendent, comme nous, à Kesckemèt, mais pour assister à un événement dont nous n’avions pas eu vent : le plus impressionnant rassemblement de voltige aérienne. Au programme : démonstrations de pilotage façon patrouille de France devant une foule de milliers de personnes (200 000 attendues pour une ville en comptant moitié moins). Soudain, se profile à l’horizon notre principale galère : ne pas trouver un toit pour la nuit..

Et, de fait, à en croire la jeune fille à l’anglais modeste qui opère au kiosque de la « police touristique » – plus un lit n’est disponible. En guise de compensation, elle nous remet un prospectus prodiguant des conseils de sécurité élémentaires pour les voyageurs. Ne laissez pas votre serviette de bain sans surveillance… (l’essentiel donc) avant de nous diriger vers l’office éponyme.

ShiningLà, les employés semblent n’avoir jamais entendu parler du parc national décrit avec tant de ferveur par Lonely Planet… A défaut être compétents, ceux-ci ont le mérite d’être serviables. Ils se démènent pour nous trouver « la dernière chambre disponible » dans un périmètre de cinquante kilomètres (à vue de pieds, elle n’en est pas loin). Nous découvrons bientôt qu’il s’agit aussi de la plus sordide


Le « Szauna hôtel » porte bien son nom – la température ambiante s’y élève à 40°. A la réception, personne n’a franchement l’air au courant de notre arrivée. Après un long conciliabule, les réceptionnistes consentent à nous fournir les clés d’une chambre à la décoration demeurée intacte depuis la chute de l’URSS.

IMG_6219Heureusement, nous jouissons d’une vue imprenable sur « la plus moderne piscine du pays ». Cinq bassins – nous jubilons déjà des fabuleuses perspectives qu’offre cette proximité salvatrice (vu la chaleur qui règne dans la chambre, un partenariat entre les établissements serait tout indiqué).

Nous gagnons le centre ville, où se produit l’orchestre philharmonique de Hongrie pour une représentation en plein air du « plus illustre des compositeurs hongrois contemporains » (heu, c’est qui déjà?)

Bercées par la douce mélodie, nous regagnons notre humble logis, découvrant que la piscine jouxtant le bâtiment, sous ses allures familiales, se transforme en « water-night-club » au crépuscule. Le vacarme d’un David Guetta local achève de nous convaincre de prendre le large à l’aube (8 heures du matin, pour nous, c’est inédit).

Nous partons donc en quête de la nature sauvage promise et espérée. La région est supposée être constellée de « puzta » (= fermes tenues par des bergers-cavaliers – du moins pour ce que l’on en a compris).

Sandy désertAyant manqué de peu l’unique bus s’y rendant, nous levons le pouce par réflexe, le long de la nationale, pour atteindre cette immense plaine sablonneuse et désertique. A notre arrivée (une seule voiture, trop facile), il est déjà « trop tard » pour assister au « cow-boy show », et il fait « trop chaud » pour espérer monter les chevaux…

Aurelie dosNous optons donc pour une simple randonnée au cœur de la pampa hongroise. Entre deux dunes, nous sympathisons avec une faune détonante : chiens, moutons et cochons ont tous ici un air de famille… À se demander s’ils ne sont pas issus du croisement improbable des mêmes géniteurs…

Aurelie et moutonVipères et criquets géants gangrènent ce zoo à ciel ouvert. Nous saluons de loin ces espèces moins « friendly » du règne animal avant de reprendre la route. Nous sommes alors loin d’imaginer qu’il nous faudra au bas mot huit véhicules – et autant de micro-trajets – pour rejoindre notre Kesckemèt adoptive – tellement sur les rotules que nous nous affalons à la première terrasse croisée.

Aurélie, qui n’a plus de clopes (= plus d’eau pour un mérou) doit alors relever le dernier défi de la journée : s’en procurer un paquet. On vous imagine déjà sceptiques (comme si exagérer était notre genre…), mais apprenez très chers, que depuis deux semaines, la Hongrie a trouvé le plus innovant stratagème pour endiguer le tabagisme : réserver la vente des cigarettes à des lieux spécifiques, interdits aux moins de 18 ans et accueillants comme un office du tourisme (hongrois). Pour preuve, nous l’avons infiltré

Cette journée, censée être « off » s’avère finalement être la plus épuisante de la semaine (Voyez, nous sommes les reines des superlatifs, et quoiqu’il arrive, nous aurons toujours la plus grosse…)

Budapest Express

liligo bar« Vous n’êtes pas frustrées de passer si vite dans chaque pays? » demande Simon, lors de l’interview qu’il nous a consacrée à Budapest pour le site de voyage Liligo

28 jours, c’est peu, soit. Et pour des voyageuses qui n’aspirent qu’à ralentir, c’est même un comble. Mais que veux-tu Simon, les visites, tout ça, même quand on y met du nôtre, ce n’est pas notre truc.

Tiens par exemple, nous avons tenté de combler nos lacunes historiques en visitant le musée de la Hongrie. Le prospectus promettait que nous aurions les réponses à toutes nos questions. Il allait même jusqu’à les énumérer (« Comment Budapest est-elle devenue cette capitale cosmopolite ? Comment l’influence hongroise a-t-elle évolué au fil des siècles ? »…).

Aurelie priere

Et bien, à l’intérieur, la plupart des légendes étaient en hongrois, l’histoire arménienne mêlée aux poteries préhistoriques, et, même à genoux devant l’autel du savoir, nous n’avons rien appris. Pas la moindre petite chose après 1000m2 d’exposition. 

spa dehors

Alors, oui, on avoue s’être rabattues sur une activité moins noble, mais beaucoup plus instructive : les bains de Budapest (après être passées par l’expo Schiele – mais nous n’en parlerons pas, ou vous nous croiriez monomaniaques). Imaginez des dizaines de salles en enfilades avec des bassins d’eau salée, souffrée, glacée ou brulante, des hammams colorés et aromatiques, des saunas à 45, 50 et 75°C. Et puis, dehors, des piscines à vagues, bouillonantes ou minerales, où barbottent enfants et vieillards, hispters et touristes.

IMG_3382Même si certains détails nous ont échappés (Pourquoi faut-il mettre un bonnet de bain dans la piscine ordinaire mais dans aucune autre ? Les poux ont-ils l’eau sélective ?), nous avons adoré cette plongée dans les traditions hongroises. En hiver, sous la neige, ce doit être extraordinaire.

Andras pancarteNous nous promettons d’y revenir – ce qui nous laissera au passage le temps de feuilleter quelques livres d’histoire… Bien que la meilleure histoire reste celle que l’on écrit au présent, et à plusieurs. En l’occurrence, ce nouveau chapitre a pour personnage principal Andràs, chez qui nous logeons grâce à notre site partenaire. Ce jeune artiste hongrois nous accueille comme si nous étions de vieilles amies. Ensemble, nous sortons dans les bars outdoors de Pest (les 50°C de l’appartement sous les toits nous font curieusement pousser des ailes, si tant est qu’il nous en eut fallu) et le rejoignons à chacune de ses pauses au café du coin (Andràs prépare des fichiers pour un photographe, parce qu’il est trop difficile de vivre de sa pratique artistique – la vidéo contemporaine – mais s’échappe de son bureau à la moindre occasion). 

Nous profitons de l’une d’elles pour lui dire au revoir – non sans lui avoir fait répéter pour la millième fois le nom de notre prochaine destination: Kecskemèt (essayez pour voir).

Trois nuits à Budapest, c’est notre record de sédentarité, et pourtant, tu as raison Simon, le temps sur cette route nous semble définitivement trop court.

Sacs pancarte

Codes de la route

Règle numéro 1 du stop : jamais la nuit.
Problème numéro 1 des Poucettes : toujours en retard.

IMG_5899Lorsque nous quittons le centre de Vienne, il est déjà 16 heures. Mais pas de stress, on a confiance. Ne sommes-nous pas quasiment passées pouceuses professionnelles ?

En deux arrêts de tram, cinq stations de bus et neuf de métro, nous expérimentons la variété des transports en commun autrichiens. (Les sorties de ville sont à l’autostoppeur ce que l’échauffement est au gymnaste, ou l’apéro au Breton c’est selon). Et puis, enfin, juste là, à gauche de l’usine, la «Tankstelle » convoitée…

IMG_3341De toute évidence, nous ne sommes pas les seules à placer nos espoirs entre ses pompes de gazoil, puisqu’un autostoppeur y tend déjà sa pancarte « Budapest ». La notre affiche le même objectif – notre monde est définitivement trop concurrentiel… Le type a de la barbe, et probablement trop de poils pour qu’un sourire puisse s’en décrocher. Bref, il nous fait peur et ne semble vraiment pas apprécier notre arrivée en fanfare (souvenez-vous que l’on chante, parfois). Pour ne pas – trop – le déranger, nous optons pour la stratégie du « one to one », la rencontre directe avec les conducteurs. Exemple d’approche délicate (traduite d’un allemand parfait, ça va sans dire):
– Bonjour. Sympa la nouvelle offre pour le fioul domestique n’est-ce pas ? Et sinon, ça ne vous dirait pas de nous déposer à Budapest ? »

Après une dizaine de minutes, un homme d’affaire hollandais expatrié en Slovaquie et travaillant en Autriche (normal) offre de nous avancer de quarante kilomètres à bord de son imposante Mercedes. Impossible de résister à la perspective d’un peu de clim. On se fait toutes petites sur les banquettes pour passer devant le barbu-qui-fout-les-jetons et savourons le plaisir d’une vraie discussion en anglais avec Feike, notre chauffeur grand voyageur.

IMG_3339Seulement voilà… Il est 17h et la station-service sur laquelle il nous dépose ressemble à s’y méprendre à la précédente – sauf qu’entre-temps, le ciel s’est considérablement obscurci. Il est 18h00 lorsque les premières gouttes nous chatouillent les avant-bras. Milan et Marie, un jeune couple de camionneurs hongrois nous fait signe de monter à bord. « Mettez-vous derrière, sur la couchette. On n’a pas tellement le droit d’être plus de deux. mais ne peut pas vous laisser là…». Planquées derrière le rideau,  nous faisons une brève expérience de la clandestinité. La vidéo ICI.

IMG_5926Milan conduit mais sa femme le seconde volontiers. C’est d’ailleurs elle qui lui signale que l’une des aiguilles du tableau de bord pointe dangereusement en direction de la zone rouge de la jauge – signe que le moteur est en surchauffe…

Cinq kilomètres plus tard, nous stoppons l’engin pour déverser quatre bidons de liquide de refroidissement sous le capot. « Ca va suffire tu crois ? » Milan nous répond en croisant les doigts… 

Deux minutes plus tard… Biiiiiiip !!! Le tableau de bord clignote. Cette fois, c’est le niveau d’huile. Deuxième arrêt. (A ce rythme nous pourrions sans mal devenir LES spécialistes de la station-essence autrichienne !) La fumée suspecte qui s’échappe du capot au troisième démarrage marque l’immobilisation définitive du véhicule.

Milan nous fait comprendre que « ça peut durer un moment… » mais que « on est les bienvenues si on veut dormir là… » La frontière est encore loin. L’orage est passé mais le soleil décline. Il est 19h30, l’heure de passer aux choses sérieuses.

IMG_3345Afin de ne point enfreindre notre règle, nous avons une demi-heure pour trouver un véhicule. Sinon, et bien… Nous gardons sous le coude la proposition de Milan et Marie (une nuit en camion après tout, pourquoi pas?)

Un à un, nous abordons chacun des usager de la station.

 Dans l’effervescence et l’acharnement de la dernière chance nous finissons par avoir l’embarras du choix ! Ils sont quatre chauffeurs, à se « disputer » notre compagnie. Ouf. L’option « quatre sur banquette arrière du camion » est évacuée.

Nous embarquons finalement avec une « famille formidable » (fait assez rare compte tenu de la place d’ordinaire occupée par ces chers bambins). Delhia, Lonele et leur fils Paul nous conduisent à la porte de notre hôte, au centre de Buda, après nous avoir convaincues de bientôt découvrir leur pays, la Roumanie.

IMG_5934Nous avons la larme à l’oeil en quittant leur garçon de treize ans, qui parle quatre langues et enchaîne les tours de magie. Pendant 200km, nous avons presque eu l’impression d’être ses sœurs.

 Il est 21h30. Le soleil vient de se coucher sur le Danube. Parfait timing. L’heure d’ajouter un nouvel alinéa à notre code de conduite :

Règle numéro 2 : ne jamais baisser les pouces.