Être une femme est-ce donc fatal ?

Les religions divisent, le sujet est plus que jamais d’actualité. En Pologne, les églises sont pleines, de jeunes, vieux, riches ou dans le besoin. Le dimanche à Cracovie n’est pas un jour de mariage, et pourtant, on se bouscule sur les parvis. Plus de 85% de la population est catholique et les valeurs prônées par feu Jean-Paul II (considéré ici comme un Saint bien avant de le devenir) sont appliquées au pied de la lettre.

Le droit « à la vie » impliquant notamment que l’avortement soit toujours illégal. «Illégal» n’est pas le mot exact puisqu’il est possible dans certains cas (viol, danger pour la vie de l’enfant ou de la mère), mais les médecins, même dans ces cas, peuvent appliquer ce qui s’appelle le « droit de conscience » soit la possibilité de refuser l’avortement s’il est contraire à leurs valeurs. En ce moment, le cas d’une jeune femme ayant porté un enfant lourdement handicapé (et non viable) défraye la chronique. Le médecin d’un hôpital a refusé de pratiquer l’avortement et a dirigé la jeune femme d’établissements en établissements jusqu’à ce que le délai légal soit dépassé. La parturiente a accouché de l’enfant, qui est mort quelques jours après sa naissance. Elle a porté plainte contre l’hôpital qui vient d’être condamné à 7 millions de dommages et intérêts. La communaute catholique s’est soulevée contre le verdict et a lancé une collecte pour apporter son soutien à l’etablissement et au médecin ayant pris la décision de refuser l’opération. Marta et Anna, deux jeunes feministes polonaises, l’une de Cracovie, l’autre de Varsovie, ont partagé avec nous leurs combats pour se libérer du dogme de l’Église.

DSCF7252Marta a vingt ans depuis quelques jours, elle étudie le français et rêve d’être metteur en scène, mais sa passion est le punk rock – comme suggère son crâne à moitié rasé. Bisexuelle, elle dit ne pas vouloir d’enfant et raconte qu’elle doit se battre pour s’affranchir des clichés, de la pression familiale. Cet été, elle travaille à l’office du tourisme et nous confie avoir dû cette semaine aider une jeune femme à trouver une pharmacie acceptant de délivrer la pilule du lendemain. Même les officines abusent de ce « droit de conscience » et refusent à des adolescentes le droit de disposer de leur corps comme elles l’entendent.

Anna-VarsovieAnna a fait de la cause des femmes sa mission. Elle a 26 ans et travaille au ministère de l’égalité hommes-femmes. Son modèle familial est atypique pour le pays puisque, petite, c’est sa mère qui rapportait l’argent à la maison tandis que son pere s’occupait d’elle. Anna est sublime, elle parle cinq langues, dansait dans le premier groupe de burlesque en Pologne. Parce que, pour elle (et même si elle déteste le rose, les boucles d’oreilles et tout l’attirail de la femme parfaite), il n’y a pas besoin de porter des pantalons pour prouver que l’on est l’égale de l’homme. Faire du burlesque, c’est faire fi de ses complexes, des standards de beauté pour se concentrer sur ses qualités. Pour s’aimer comme on est, sans peur du jugement de l’autre. Avoir du pouvoir sans chercher à singer la virilité masculine.

Dans son couple aussi, Anna cherche la parité, et ce, même si sa culture – comme la nôtre d’ailleurs – la met souvent en face de ses paradoxes. Par exemple, Anna accepte l’usage selon lequel l’homme invite systématiquement la femme au restaurant. « ici se joue toujours une petite comédie au moment de régler l’addition. Les femmes font – et doivent faire – mine de vouloir payer leur part, tandis que les hommes refusent, fermement, et finissent toujours par sortir leur carte de crédit. Anna parle alors de «syndrome du prince et de la princesse ».

Ici, on est un homme ou une femme, point. Le sexe définit tout. D’ailleurs le mot «genre» n’existe pas en polonais. On est comme on nait. La physiologie et la bible dictent les règles. Aniechka-Aurelie-CracovieÀ chacune alors de les déjouer comme elle peut. En mettant sa féminité à nu, en brandissant des étendards, en se rasant la tête ou en se mettant a la boxe, comme Agnieska. La troisième jeune femme que nous avons interrogée est, elle, catholique pratiquante, mais se bat aussi pour avoir le droit de gérer sa vie privée comme elle le souhaite, à coups de poings s’il le faut. L’égalité est un combat qui est encore loin d’être gagné. Et il faudra probablement plusieurs rounds pour que l’Église baisse un peu sa garde et ajoute la liberté et le respect de la différence à ses commandements.

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